Monuments, édifices de Paris
Cette rubrique vous narre l'origine et l'histoire des monuments et édifices de Paris : comment ils ont évolué, comment ils ont acquis la notoriété qu'on leur connaît aujourd'hui. Pour mieux connaître le passé des monuments et édifices dont un grand nombre existe encore.
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L'UNIVERSITÉ DE PARIS
(D'après Paris, 450 dessins inédits d'après nature, paru en 1890)

Une tradition nationale relie l'Université de Paris au règne de Charlemagne, qui fit beaucoup pour l'instruction publique, et qui créa à Paris d'importantes écoles ; l'Université elle-même a consacré la fête du grand Charles comme celle de son patron. En réalité, l'Université de Paris, constituée par l'ensemble des privilèges qui assurèrent son indépendance, n'exista réellenient qu'en vertu des lettres

L'abside de l'église Saint-Séverin.
Carrefour des rues Saint-Jacques,
Saint-Séverin et du Petit-Pont
patentes de Philippe-Auguste datées de l'an 1200. Jusqu'alors les écoles avaient dépendu des églises et des monastères. A Paris, elles formaient une annexe de la cathédrale. Au XIIe siècle, l'école de la cathédrale était devenue trop petite pour le nombre des étudiants.

Les maîtres les plus célèbres ouvrirent des cours libres sur la montagne Sainte-Geneviève, où les étudiants les suivirent en foule, malgré les réclamations de l'évêque de Paris. Philippe-Auguste régularisa cet affranchissement relatif des écoles et des maîtres en conférant à leur collectivité, désignée sous le nom d'Universitas parisiensis magistrorum et scholarum, des privilèges qui constituaient sa personnalité légale, et les moyens d'exercer son indépendance en l'affranchissant à la fois de la tutelle ecclésiastique exercée par l'évêque, et de la juridiction civile et criminelle exercée par le prévôt de Paris.

La rive gauche de la Seine, dite de l'Université, se peupla rapidement et se couvrit en peu d'années de maisons, d'écoles et d'églises. L'enseignement universitaire était largement international, ainsi que l'exprimait sa division officielle en quatre Nations : Nation de France, Nation de Picardie, Nation de Normandie et Nation d'Angleterre, qui devint Nation d'Allemagne en 1437 lorsque Paris fut délivré de la domination anglaise par les vaillants capitaines et les loyaux sujets du roi Charles VII.

Le libéralisme supérieur qui ouvrait aux étrangers les Écoles de l'Université de Paris produisit très rapidement ses fruits ; les étudiants de tous les pays accoururent en foule, et dès ces temps reculés firent de Paris la capitale intellectuelle en même temps que la plus vaste cité de l'Europe continentale. On put voir dans le cours de moins d'un siècle, sur les bancs ou, pour appeler prosaïquement les choses par leur nom, sur la paille des Écoles de Paris, le prince allemand Albert le Grand, l'Écossais Duns Scot, l'Espagnol Raymond Lulle, l'Anglais Roger Bacon, l'Italien Brunetto Latini et son élève Dante Alighieri. J'en passe et des plus illustres. Ce n'est pas une hypothèse ni une rêverie que d'attribuer la splendeur soudaine de Paris dans le XIIIe siècle à l'éclatante lumière que projeta sur le monde entier l'Université parisienne très justement et très officiellement qualifiée la fille aînée de nos rois. C'est une réalité historique, dont les contemporains de saint Louis et de Philippe le Bel eurent la pleine conscience. Un autre panégyriste de la même époque, Jean de Jaudun, nomme Paris « la ville des villes » et lui assigne par là dans le monde moderne le rôle dominant que Rome, après Athènes, remplissait dans l'antiquité.

Les trônes se sont écroulés, les murailles abattues, les privilèges abîmés dans la poussière de l'édifice féodal, et cependant l'Université d'autrefois respire encore dans le quartier Latin d'aujourd'hui, séjour et sanctuaire de toutes les connaissances humaines.

Cette région de Paris a été, depuis trente ans, unifiée avec les faubourgs limitrophes par de grandes voies, dont les principales sont : le boulevard Saint-Michel, qui, partant du pont de ce nom, absorbe la vieille rue de la Harpe dont il ne subsiste qu'un tronçon, et va se perdre dans le vaste carrefour de l'Observatoire, derrière le jardin du Luxembourg ; le boulevard Saint-Germain, qui prend la rive gauche en écharpe depuis la rue des Fossés-Saint-Bernard et l'entrepôt des vins, en amont de la Seine, jusqu'au palais Bourbon et au pont de la Concorde en aval, coupant à angle droit le boulevard Saint-Michel au milieu de sa courbe ; la rue des Écoles, parallèle au boulevard Saint-Germain, qui, partant du boulevard Saint-Michel, coupe la rue Saint-Victor élargie et se prolonge jusqu'au Jardin des Plantes sous le vocable du grand botaniste Jussieu. Plus au midi, une série de larges avenues, le boulevard Saint-Jacques, le boulevard des Gobelins, le boulevard Arago, le boulevard de la Gare, la route d'Orléans, etc., se

Le boulevard Saint-Michel, vers la Seine
raccordant au boulevard de l'Hôpital et au pont d'Austerlitz, jettent l'air et la lumière à profusion dans ces parages lointains.

En y pénétrant par le Petit-Pont, on suit la rue du même nom ; rebâtie tout entière au siècle dernier ; à l'exception d'un hôtel dans le style Louis XIV, à la façade monumentale, cette rue étroite et courte ne renferme que des maisons de produit, où sont accumulées l'une sur l'autre les boutiques de traiteurs, de marchands de vin, de fruitiers et de rôtisseurs, centre d'approvisionnement pour ce vieux quartier populeux.

Laissant à droite la rue Saint-Séverin et l'église de ce nom, qui se trouvera décrite au boulevard Saint-Michel, on entre dans la rue Saint-Jacques et l'on atteint rapidement la croisée de la rue des Écoles. Les deux encoignures de cette grande voie et de la rue Saint-Jacques sont occupées par de vastes édifices : celle de gauche par le Collège de France, celle de droite par les bâtiments neufs de la Sorbonne.

La Sorbonne ! Ce nom, qui éveille tout un passé de gloire intellectuelle, est porté par un vaste quadrilatère de hauts bâtiments à l'aspect sévère et monastique, bordant l'une des rues les plus étroites du quartier Latin.

Il abrite aujourd'hui l'Académie de Paris, héritière de l'Université à laquelle elle succède partiellement. S'il arrive qu'on traite encore nos ministres de l'instruction publique de « grands maîtres de l'Université », c'est par pure politesse. Le caractère de l'Université, dans ses conditions traditionnelles avant 1789 ou dans sa restauration passagère au commencement de ce siècle, était de se gouverner elle-même, maîtresse de ses idées, de ses méthodes et de son administration. Tout cela s'est transformé au point qu'il n'en subsiste rien. L'instruction publique est devenue un département ministériel comme un autre ; les chefs de l'enseignement réel sont commandés par l'administration supérieure, plus ou moins recrutée en dehors du corps enseignant, et soumis aux fluctuations incessantes de la politique.

C'est à la Sorbonne, dans l'angle gauche de la cour, que siègent officiellement le vice-recteur de l'Académie de Paris, son secrétariat et ses bureaux ; le vice-recteur préside le conseil académique, qui est le pouvoir législatif et disciplinaire de la circonscription ; il a pour aides des inspecteurs, qui en surveillent l'étendue.

Enfin, le recteur ou vice-recteur est le chef des cinq Facultés de théologie, des lettres, des sciences, de médecine et de droit, qui sont administrées chacune par un doyen. Deux d'entre elles sont installées à la Sorbonne ; elles y possèdent leur secrétariat, leurs bureaux, et leurs amphithéâtres, où leurs professeurs font leurs cours : ce sont les Facultés des lettres et des sciences. On a supprimé il y a peu d'années la Faculté de théologie catholique. La Faculté de théologie protestante siège au boulevard Arago, la Faculté de droit à la place du Panthéon et la Faculté de médecine à l'École de médecine.

Tous les autres centres d'enseignement, les sept lycées parisiens, Louis-le-Grand, Henri IV, Saint-Louis, Charlemagne, Condorcet, Janson de Sailly et Fénelon (pour les jeunes filles) sont répartis en divers quartiers.

L'origine de la maison de Sorbonne était fort ancienne. Ce fut le premier Collège fondé dans le quartier de l'Université ; il faut s'entendre sur la valeur de ce mot pris au sens purement latin de société, compagnie, réunion de gens exerçant la même profession. Le collège de Sorbonne, non plus que les collèges qui se multiplièrent rapidement après lui : ceux de Calvi, de Prémontré, de Cluny, du Trésorier, etc., ne furent pas alors des écoles publiques, mais simplement des maisons hospitalières, où de pauvres écoliers, qui allaient prendre leurs leçons aux écoles de la rue du Fouarre, trouvaient le vivre et le couvert. Le véritable fondateur du collège de Sorbonne se nommait Robert de Douai ; il était chanoine de Senlis et médecin de la reine Marguerite de Provence, femme de saint Louis ; il laissa 1,500 livres, monnaie de Paris, pour la fondation de ce collège, aux termes de son testament dont il confia l'exécution à son ami Robert de Sorbon, qui le lui avait conseillé. Robert de Sorbon commença l'exécution du testament de Robert de Douai en 1255, avec l'aide du roi saint Louis, qui donna des maisons et terrains pour construire l'édifice. On y installa d'abord seize pauvres boursiers

Façade de la Sorbonne
pris dans les quatre Nations de l'Université de Paris ; plus tard, les docteurs de la Faculté de théologie de Paris s'y installèrent, et devinrent la Société de Sorbonne, dont les membres y furent logés pour toute leur vie.

Quel que fût leur droit à changer ainsi la destination charitable du collège fondé par Robert de Douai et Robert de Sorbon, on doit leur savoir gré d'avoir bien usé de leur richesse et de leur influence. Ce furent les prieurs de Sorbonne Guillaume Fichet et son ami Jean Heyn de la Pierre, prieur de la même maison, qui dotèrent Paris de sa première imprimerie. Ils firent venir d'Allemagne, en 1469, trois ouvriers imprimeurs, Ulrich Gering, Martin Crantz et Michel Friburger ; ils leur fournirent une salle dans le bâtiment même de la Sorbonne. Les trois premiers imprimeurs parisiens montèrent leurs presses tout au commencement de l'année 1470 dans le sanctuaire de la science catholique. ils imprimerent d'abord le recueil des lettres « suavissimes » d'un grand écrivain de ce temps-là, inconnu de l'ingrate postérité, nommé Gasperini de Bergame.

 


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