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RUE DU PARC-ROYAL (Histoire de Paris
rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)
Notice écrite en 1861. Mme des Fusées. – Autres Propriétaires en divers temps. – La Dlle David. – M. Graux-Marly. L'application, de l'acétate de plomb ou du nitrate d'argent sur la chevelure qui se décolore est un secret de toilette que notre époque divulgue, comme sa propre découverte. Mais une recette analogue n'était pas inconnue des précieuses de l'hôtel Rambouillet quand la présidente Bordier, qu'on appelait aussi Mme des Fusées, vit des courants argentés s'établir dans les ondes de sa chevelure ; elle eut beau retourner les spirales de sa sévigné, il fallut recourir à l'art pour mater l'éclat d'un reflet qu'envoyait le soleil d'automne. Mme des Fusées, qui habitait la rue du Parc-Royal, manda un jeune Italien, qui mettait au service de la belle Ninon, disait-on, les secrets de sa cosmétique. – Faites votre prix, lui dit-elle, et de moi tout ce que vous voudrez. Après avoir enduit d'une pommade les cheveux gris de Mme Bordier, ce parfumeur, qui était par miracle un honnête homme, hocha la tête et risqua cet aveu : – Vous m'appelez trop tard, bonne dame ; mon père, auquel je succède, aurait pu vous tirer d'affaire il y a dix ans. – Insolent ! s'écria trop vite la présidente, en ajoutant une gifle à ce mot. – Un soufflet vaut un démenti ; répliqua l'Italien sans se déconcerter. Vous laverez vous-même cet affront, si vous ne voulez pas vous réveiller demain matin avec les cheveux blancs comme neige : c'est l'effet de ma première couché, quand la seconde ne la suit pas de près. Mme Bordier demanda grâce et offrit de payer aussi cher pour conserver la nuance intermédiaire de sa chevelure que si l'opération en avait rétabli la coloration regrettée. L'offre d'argent fut repoussée, comme un surcroît d'injure pour l'offensé, au cou duquel la pauvre dame se jeta, en lui mouillant la joue, encore chaude, d'une larme qu'elle y baisa. – A la bonne heure, fit alors l'Italien
! C'est le président qui payera. La seconde couche fut si différente de la première que Mme. Bordier en conçut d'autres craintes, qui allèrent croissant tout un mois. S'en voulait-elle d'avoir fait l'expérience de la pommade de Ninon ! L'inquiétude compliquait un dérangement de santé dont du vivant de son mari, elle prenait beaucoup mieux son parti. Comment consulter un médecin, en pareil cas, sans le prendre pour confesseur ? La veuve ne se fit pas porter sans hésitation chez l'illustre Fagon, qui séance tenante lui rendit sa visite et dit : – Rassurez-vous, Madame, vous n'aurez plus de la vie rien à craindre. La présidente n'était que trop rassurée : elle en vint à regretter jusqu'à ses inquiétudes. Des Fusées, qui a l'air d'un nom de
guerre, n'était même pas celui d'une terre. Mme Bordier l'empruntait
tout bonnement à son hôtel, situé vis-à-vis
de la rue Culture, Sainte-Catherine (rue Sévigné), dans
celle du Parc-Royal, qu'on avait dite elle-même des Fusées
et d'abord du Petit-Paradis. Celle-ci s'était ouverte sur les dépendances
de l'ancien palais Barbette, dans la direction du parc royal des Tournelles
; mais une seconde rue du Parc-Royal, entre la place Royale et les Minimes,
sortait directement desdites Tournelles. L'arsenal de laVille, en 1652,
faisait presque face à M. Bordier, dont l'un des successeurs fut
Canillac, familier du régent. L'ancien hôtel Canillac, plus
anciennement des Fusées, se couronne de 8 ou 9 mansardes, fleurons
du XVIe siècle. Quelque bonne opinion qu'elles donnent de Des Fusées
Ier, nous ne savons même pas s'il fut l'un des ancêtres de
Fusée, abbé de Voisenon ; membre de l'Académie-Française,
qui était né en 1708 dans un château près de
Melun. A cela près, la rue du Parc-Royal était encore bien habitée. Une seule maison y séparait de M. Auger de Montyon M. de Montboissier, qui avait l'hôtel des Fusées. Plus d'un Château-Giron étaient au n° 5 M. de Vigny, au n° 10, maintenant pensionnat, et M. de Bonneval, au 16, dont le 14 a dépendu, et où demeurait un général sous l'Empire, puis le vicomte de Grandeffe. En face de la rue Payenne, un hôtel avec
son jardin ne se souvient que du baron Lambert. Le 8, qui semble aussi
un hôtel séculaire et dont la décoration est des mieux
entendues, a pourtant eu pour architecte M. Graux-Marly, propriétaire
actuel. Ce fabricant de bronzes n'a pu se rendre que sous un prête-nom
acquéreur de l'immeuble, tel que son confrère Crozatier
l'avait laissé en interdisant à ses héritiers de
le vendre à un fabricant de bronzes. C'était alors un petit
hôtel, qui forme encore une aile du nouveau : un sou terrain l'avait
relié au couvent du Saint-Sacrement ou à l'hôtel Turenne,
de la rue Saint-Louis (rue Turenne). |
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