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RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS (Histoire de Paris
rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)
Notice écrite en 1861. Elle conduisait, à l'origine, à l'ancienne église Saint-André des Arts, appelée également Saint-André de Laas, sur le territoire dit clos de Laas. Cette église fut vendue le 4 fructidor an V et démolie peu après. Le Clos de Laas. – L'Église.
– Ducange fils. – Le Collège d'Autun. – M. de
Montholon. – Billaud-Varennes. – André Duchesne. –
M. Boulard. – La Ctes de Bonamour. – Chérin. –
L'hôtel de Nevers. – Le Confesseur Sainte-Beuve. – L'hôtel
de Lyon. – La Parte de Buci. – Le Palais d'Orléans.
– L'Abri-Cotier. – Lenain de Tillemont. – Cochois. –
Jacques de la Guesle. – Les des de Chuteauvieux et de Villayer.
– Le Papier et les Livres. – Les Traiteurs. – Le Pâtissier.
– L'Hôtel de Saint-Aignan. – La Maison de Jeu. Le clos de Laas, qui appartint à l'abbaye Saint-Germain-des-Près, n'était déjà plus un vignoble inhabité quand l'abbé Hugues en aliéna une bonne partie. C'était en l'an 1479, et 1e commencement de l'an 1000 avait vu ériger en église un oratoire, à l'entrée d'une rue Saint-Germain qui traversait l'ancien clos. Saint André, patron de l'église, et de nombreux marchands d'arc, ses paroissiens, la firent appeler Saint-André-des-Arcs. Désinence modifiée ensuite par l'usage et par égard pour les maîtres-ès-arts dont les collèges voisins étaient la pépinière. La rue a perdu récemment une vingtaine de maisons, par lesquelles commençait son orge numérique ; tâchons donc d'indiquer autrement que par des chiffres, inévitablement appelés à reculer, la place des immeubles qui vont nous occuper. La seconde façade encore debout du côté gauche a fait partie d'un hôtel de la Verrière, avant que le propriétaire y fût Dufresne, seigneur du Cange, président-trésorier de France et fils de l'historien-glossateur Ducange. Sur l'autre ligne, un peu avant la rue Gît-le-Coeur, il subsiste une ou deux des huit maisons qui appartenaient au collège d'Autun, dont nous parlions déjà rue de l'Hirondelle. Une déclaration passée le 6 décembre, 1710 par Fouret, prêtre et principal, Escomel, proviseur, Robert, Gachon, Teissier, Badon, Pajot, Mouton, Laurént, de Saint-Priest, Savoye et Chapuys, boursiers, rappelait que ces maisons étaient exemptes de cens par suite d'amortissement, à l'exception d'une seule donnant sur les deux rues de l'Hirondelle et Saint-André-des-Arts, à l'enseigne du Cheval-Noir. Après la rue Gît-le-Coeur, ancien logis de l'un au moins des Montholon, père et fils, qui furent gardes-des-sceaux au XVIe siècle. Le premier avait plaidé, comme avocat contre François et la reine-mère, pour le duc de Bourbon ; son petit-fils, avocat aussi, fit dire que la probité était héréditaire dans la famille. Propriétaire au même endroit en 1660 : Ingrand, conseiller au parlement de Metz, et puis son fils, intendant du commerce. Locataire en 1793 : Billaud-Varennes, ce député de Paris à la Convention nationale qui organisa avec Robespierre le système de la Terreur. Un balcon et des sculptures distinguent une maison d'en face, où a vécu l'historien André Duchesne, qui, après s'être concilié par des travaux utiles la protection toute puissante du cardinal de Richelieu, est mort écrasé par une charrette en 1640. Un peu plus loin une maison bourgeoise appartenait sous Louis XIV à Vitard de Passy, avocat ; elle était décorée avant 89 des panonceaux du notaire Boulard, connu plus tard comme bibliophile. L'Assistance publique dispose de la suivante, où se tient une école de filles et qui était à l'Hôtel-Dieu. Mme Freslon, comtesse de Bonamour, le joli titre qu'elle avait là ! vendait le premier coin de la rue de l'Éperon, en 1754, à Pissot, vrai nom d'encoignure ! Deux hôtelleries vis-à-vis : celle, de Bretagne, celle de Rennes. Puis la demeure de Vacherot, tapissier, acquéreur des Lefèvre-d'Eaubonne puis une propriété de belle apparence, où était le bureau de Chérin, généalogiste du roi, à l’angle de la rue des Grands-Augustins, et qui avait passé par les mains de Cotelle, juré-vendeur de marée, ancien conseiller du roi, après avoir été laissée en héritage à Charlotte de Roumilley de la Chesnaye, femme de François de L'Hospital, marquis de Saisit-Mesme, par Dutillet, baron de la Bussière, greffier en chef du parlement. Un hôtel de Nevers, qui allait de la rue Pavée (rue Séguier) à celle des Grands-Augustins, avait été vendu 20,000 livres tournois, vers l'année 1556, par François de Clèves à Claude Rennequin, maître-des-requêtes, et à Louis de l'Estoille, président aux enquêtes, père de l'auteur du journal historique des règnes de Henri III et Henri IV. La part de Louis de l'Estoille, qui était la plus grosse, comprenait, à l'encoignure de la rue Pavée, l'hôtel de Saint-Clair, qu'on a démoli en 1848. A l'autre angle de la même rue a commencé en l'année 1613 et fini en 1677 la vie d'un janséniste en montre, le casuite Sainte-Beuve. Entre la rue des Grands-Augustins et celle Contrescarpe-Dauphine (rue Mazet), vous remarquez sans peine l'ancien hôtel de Lyon, qui en a formé deux, le grand et le petit, avec une sortie sur la rue Contrescarpe, fort utile à la Poste-aux-Chevaux lorsqu'elle y était établie. Comment les archevêques de Lyon sont-ils entrés en possession de cet hôtel, autrefois de Buci, et de plusieurs maisons contiguës ? Miron fils d médecin de Henri III, ou Richelieu, frère du cardinal, qui ont l'un après l'autre gouverné l'église de Lyon, ont pu en enrichir leur temporel. Le plan de 1662 écrit déjà : Hôtel de Lyon. L'archevêque Claude de Saint-George en est ençore propriétaire, plus tard, mais au moyen d'un retrait opéré le 11 janvier 1703 sur les enfants et autres héritiers de Louis Blanet. Ausi bien cet ancien séjour est d'origine royale : Jeanne de Navarre, femme de Philippe-le-Bel, a voulu y fonder par testament le collège de Navarre, que les exécuteurs testamentaires de ladite reine ont préféré transporter autre part au moyen d'une aliénation. La porte de Buci, dont Périnet-Leclerc livra les clefs aux soldats du duc de Bourgogne et qui appelait Saint-Germain quand Louis XIV la fit jeter bas, s'élevait rue Saint-André-des-Arts, auprès de celle Contrescarpe. Lorsque l'ancien Paris y commençait par l'hôtel de Navarre d'un côté de notre rue, il y finissait également par un royal séjour de l'autre côté. De la rue de l'Éperon à la porte de Buci, un grand logis fut occupé par les ducs d'Orléans du XIVe et du XVe siècle, dauphins de France ou frères de roi ; Louis XII en fit plusieurs lots avant son avènement au trône, et des particuliers s'en arrangèrent en janvier 1484. L'un d'eux était Jacques Coytier, l'ancien médecin de Louis XI, tellement accusé de dilapidations qu'il rendit gorge de 60,000 écus, offerts à Charles VIII pour la guerre d'Italie. Il avait la grange du palais, qu'il transforma un peu plus tard en une belle habitation et qu'il appela l'Abri-Cotier. Toutefois, c'est un Éléphant que la porte montrait pour enseigne. Il y avait aussi sur la façade l'inscription suivante :
Du séjour d'Orléans ne reste-t-il rien rue de l'Éperon ? Quelque chose du moins survit en l'autre rue de cet ancien Abri-Cotier, sur lequel la porte Buci projetait son ombré dans l'après-midi. Le janséniste Lenain de Tillemont, historien ecclésiastique, y est mort en l'année 1698 et il a été inhumé à Saint-André-des-Arts, où l'ancien médecin du roi avait fondé une chapelle. Jean Lenain, avocat-général, a vendu la propriété de l'Éléphant à Lemassoy, secrétaire du roi, prédécesseur de Michaut de Montaran, conseiller au parlement, et ce dernier a eu pour acquéreur, en 1738, l'architecte Richard Cochois, qui a fait élever une autre maison par-devant. Mais il subsiste encore par-derrière une maison à jardin, plus ancienne, avec une porte cintrée, venant après celle de Cochois, mais avant une troisième, également cintrée, comme les architectes du XVIIIe siècle n'en faisaient déjà plus. On ne comptait entre la maison Cochois et la rue de l'Éperon que deux propriétés, l'hôtel de Villayer, l'hôtel de Châteauvieux : nous trouvons dans l'une et dans l'autre des librairies et des magasins de papier, bien que des cours, des escaliers, des ferrures, des boiseries, des cheminées et des dessus-de-portes de Boucher ne cessent pas d'y être signes de race. Les deux maisons n'en faisaient qu'une d'abord sur l'ancien territoire des princes d'Orléans, et Jacques de la Guesle, gentilhomme lettré, y demeurait. Il eut le malheur de servir d'introducteur à Jacques Clément dans le cabinet de Henri III, sans se douter du projet de l'assassin. Vivement attaché à ce roi, il ne le fut pas moins à Henri IV et cessa de vivre en l'an 1612. Après lui, l'hôtel de la Guesle se partagea entre des cohéritiers. Le plus gros lot en passait du comte de Châteauvieux, qui avait épousé Marie de la Guesle, à son gendre, le duc ou marquis de la Vieuville. Mais les deux parts à l'époque où Cochois prenait possession de l'Eléphant furent encore, réunies pour quelque temps par l'adjudication de l'hôtel Châteauvieux au profit de Renouard, comte de Villayer et d'Auteuil, conseiller du roi, maître des requêtes, qui venait dans l'autre hôtel après les Dutillet, famille parlementaire déjà propriétaire de l'autre côté. Au reste, le commerce du papier va bien avec celui des livres ; tous deux en ce moment même nous aident à consacrer la mémoire d'un ancien hôtel où ils s'exploitent de conserve et qui sans eux resterait dans l'oubli. Bien avant de contribuer ainsi à des préparations de nourriture plus ou moins substantielle pour la mémoire, l'hôtel Château vieux a pourvu tout bonnement à celle du Corps. On y dînait, pour 30 sols en 1691. Il en coûtait alors un tiers de moins pour prendre son repas au Coq-Hardi, ou aux Trois-Chapelets, dans la même rue, en laquelle qui plus est l'inventeur des pâtés de jambon nommé Jacquet, avait son officine. Aussi bien l'un des hôtels de la rue Saint-André-des-Arts a été Saint-Agnan, ou Saint-Aignan, nous ne savons à quelle date. Possible que, l'honneur en fût dû à l'un des deux Beauvillier, ducs de Saint-Aignan, successivement, en faveur près de Louis XIV. Enfin cette rue eut sa maison de jeu publique, à l'entrée de la cour du Commerce les tapis verts en étaient transférés rue Dauphine sous Charles X. |
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