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MICHEL-LE-COMTE (Histoire de Paris
rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)
Notice écrite en 1864. Elles se suivent depuis si longtemps, sans
se confondre, qu'autant vaut n les pas séparer. Qu'elles remontent
donc le cours des âges, comme deux wagons enchaînés
l'un à l'autre, qui laisseraient descendre, à chaque station
des souvenirs, faute de voyageurs. Parfois c'est la cloche d'un collège
ou d'un couvent du Moyen-âge qui donné le signal du départ
quand nous nous remettons en route dans ce voyage brisé d'historiographe
! Ici, par extraordinaire, l'or et l'argent commencent par résonner
: tout le monde ne s'en plaindra pas. A la maison de Mme Lyon-Allemand touche un ancien hôtel que la rue Montmorency partage aussi avec celle Michel-le-Comte, qui le cote n° 22. D'ubois de Crancé, qui y demeura, était d'abord parvenu à entrer dans les mousquetaires ; mais des doutes accentués sur sa noblesse l'avaient réduit à la consolation de commander dans la garde nationale. Cet ardent révolutionnaire, dantoniste à la Convention, s'acharna surtout contre Louis XVI, dont il vota la mort, comme le ci-devant comte Le Peletier de Saint-Fargeau, qui fut assassiné par un ancien garde du corps la veille de l'exécution du roi. Sur ce la rue Michel-le-Comte prit sans déroger, mais ne garda pas longtemps le pseudonyme de Michel-Le-Peletier. Dubois de Crancé, plus heureux que son Collègue, devint sous le Directoire ministre de la Guerre ; mais, après le 18 Brumaire, il se retira, faute d'emploi, dans ses propriétés champenoises. L'hôtel des Hypothèques portait le chiffre 32 dans la même rue, sous l'Empire. Un épicier du voisinage était à cette époque une ancienne tricoteuse : elle désirait garder un incognito que, par égard pour les parents d'une femme, revenue à bien, qui reniait jusqu'à son sexe, nous ne violons môme pas. Ferry, autre épicier de la rue Michel-le-Comte, était l'un des gardes du corps des épiciers et apothicaires en 1772. Notabilités de cette rue, quatorze ans
après : La charge de commissaire-voyer, achetée
par Edme Verniquet en 1774, l'avait poussé à réaliser,
comme architecte du Jardin-du-Roi, des projets de Buffon. Mais son grand-oeuvre
fut le plan de Paris, qui demanda 28 années de travail. L'ordre
de dresser ce plan avait été donné par Louis XVI,
dès 1783, mais sur des proportions si vastes qu'elles avaient bientôt
fait reculer devant l'exécution. Le commissaire de la voirie avait
relevé ce projet abandonné, et ses planches étaient
déposées aux Cordeliers. Puis, la Révolution venue,
le bureau du Plan s'installa au ci-devant hôtel d'Angivilliers,
près le ci-devant Oratoire-Saint-Honoré, où l'auteur
se trouvait sans doute logé plus grandement que rue Michel-le-Comte.
Le plan ne compta ses 72 feuilles grand-atlas qu'en 1796, et, comme si
Verniquet n'avait plus rien à faire, son nom se gravait sur une
tombe vers la fin du Consulat. Il semble que la propriété foncière, dans les deux rues dont nous nous occupons, ait, été plus divisée sous la Régence qu'à notre époque. La rue Michel-le-Comte avait 61 maisons, et l'autre, 46 : presque un tiers de plus qu'aujourd'hui ! On y a si peu démoli que plus d'une façade devait appartenir à un autre propriétaire que le corps de bâtiment élevé par-derrière. Il faut qu'on ait ainsi porté en compte pour plus d'une maison chaque hôtel, et combien la rue Michel-Lecomte : en était pleine ! A main droite, elle partageait, avec la rue Montmorency trois propriétés de ce genre ; à main gauche, elle commençait par une aile et des dépendances de l'hôtel Caumartin, suivies de près par un hôtel Thiroux (et il y en avait un autre du même nom dans le quartier), ensuite par un hôtel Ferlet, par un hôtel Lemaître, enfin par un hôtel Mérat, qui s'appela aussi Crillon, et auquel faisait vis-à-vis l'hôtel Bouligneux, plus tard d'Halvil. Que de pratiques excellentes à la portée du vitrier Rousseau, dont la boutique était dans ladite rue ! L'honnête homme dont nous parlons est celui qui avait recueilli un enfant naturel de Mlle de Tencin, abandonné sur les marches d'une église, mais à l'éducation duquel pourvoyait son père, le chevalier Destouches-Canoh, et cet enfant devint l'illustre d'Alembert. Remontons-nous encore de quelque trente années ? On parle alors de M. Le Vasseur comme réunissant des curiosités en sa demeure, rue Greniel Saint-Lazare. Dans l'autre rue, on vient de démolir un théâtre érigé en 1632 par Jacques Avenet, à la place d'un jeu de paume, et que des comédiens de l'hôtel de Bourgogne exploitaient depuis 1660. Mais cette salle de spectacle avait été fermée longtemps, sur une plainte adressée au parlement par les habitants des deux rues, qui ne s'accommodaient ni des carrosses bruyants, ni de l'insolence des pages et des laquais, ni des vols qui se commettaient plus fréquemment aux 4abords du théâtre qu'en un quartier sans foule. La rue d'en bas s'appelait Garnier de Saint-Ladre
en 1315, et comptait au nombre des gens qui l'habitaient : Nicolas le
dorelotier ; Jacques de lit Salle, gâcheur ; Jéhan, savetier.
On dit qu'une famille était déjà connue au siècle
précédent sous le même nom que cette rue ; laquelle
touchait presque à la porte Saint-Martin élevée sous
Philippe Auguste : Le comte Michel, parrain de la rue d'en haut, vicus
Micaelis comitis, passe pour contemporain de ladite famille. |
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