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RUE DE LA VERRERIE (Histoire de Paris
rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)
Notice écrite en 1862. Suger. – Saint-Bon. – Les Verriers et les Faïenciers. – Nôtables des XVIIe et XVIIIe siècles. – Le Saint-Esprit. – Les Juges-Consuls. – Les Notaires et les Droguistes. – Les Experts du Bâtiment. – Les Huissiers. – L'Hôtel Saint-Faron. – La Trinité. – Le Petit-Paris. – Les Tapissiers. – Les Couturières. – Valmont de Bomare. Sur l'emplacement d'une chapelle, connue dès le siècle VIe, le chapitre de Notre-Dame fonda la collégiale de Saint-Merri ; sous l'épiscopat de Rainaud II et le règne de Robert II. Un séjour de Suger y attenait trente ans après. La reconstruction de l'église, au XVIe siècle, englobait cet hôtel ; elle put néanmoins en respecter le gros-oeuvre de la façade actuelle du presbytère, dont l'entrée sert de porte latérale aux fidèles, malgré la sculpture du XVIIIe siècle qui la décore de deux amours, pour lesquels brûle un encens éternel. Le passage cessant d'y être public après l'heure des offices, la maison a encore tout l'air d'être indépendante de l'église, restaurée derechef en 1754, puis en 1836. A supposer même que les seigneurs chanoines aient eu là le bailliage ou la chancellerie de leurs fiefs de Marly et de Saint-Merri, le moyen de louer le chapitre d'avoir commandé ce dessus-de-porte ! La rue Saint-Bon y fait presque face et rappelle une chapelle Saint-Bon où Saint-Bonnet, qui appartenait d'abord à l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés et dont le chef du diocèse prit possession, en devenant abbé de Saint Maur, pour y nommer chapelain ordinairement un chanoine de Saint-Merri. Une confrérie de Sainte-Marguerite fut établie dans cette chapelle, qui ne servait plus, avant sa suppression, qu'à faire le catéchisme de la paroisse. Le bâtiment en fut mis aux enchères. Les recherches de nos devanciers ont constaté l'existence d'une verrerie en l'année 1187 dans cette rue. Aussi bien la communauté des Peintres sur verre s'y établit dans le principe ; elle comprenait des émailleurs, des verriers, des patenôtriers ses statuts, réglés en 1467, se modifièrent en 1666. Cette compagnie, tige des diverses branches de l'industrie verrière, fut dite ensuite des Vitriers. On y avait fixé la durée de l'apprentissage à 4 années, le coût de la maîtrise à 500 livres. Le patron de la confrérie était saint Marc, et son bureau, au Renard de la rue Saint-Denis avant la fin du XVIIe siècle, mais au cimetière Saint-Jean dans le coeur du siècle suivant. Un peu plus tard les Verriers se trouvaient en concurrence avec les faïenciers, qui pendant soixante-dix années étaient restés de la même famille, bien qu'une institution particulière les eût émancipés sous Henri IV. Tout apprenti ou compagnon faïencier qui avait abusé de la femme, de la fille, de la parente ou de la servante de son maître, était par cela même déchu du droit de parvenir à la maîtrise. Mais, s'ils battaient la séduction en brèche ; les statuts de la Faïencerie favorisaient, en revanche, la recherche pour le bon motif, en réduisant de 500 à 200 livres le taux de la maîtrise en cas de mariage avec la fille du maître. Apprentissage, 5 ans ; compagnonnage, idem ; brevet, 80 livres ; patron, saint Éloi. L'émailleur Jacquemin Gringoneur, inventeur des cartes à jouer sous Charles VI, en peignait à or et à diverses couleurs pour l'esbattement du roy dans la rue de la Verrerie. Il y précédait de trois siècles Trincard, marchand de porcelaines, qui était membre de la confrérie avant qu'elle en formât deux, et dont le magasin attirait de riches amateurs. Du temps de Trincard on élargit la rue, parce qu'elle se trouvait sur le passage de Louis XIV, quand il allait du Louvre à Vin cennes, et sur le passage également des ambassadeurs étrangers, qu'allaient prendre les carrosses du roi aux Folies-Rambouillet, dans la rue de Charenton, le jour de leur entrée officielle. Sous le règne précédent, Bossuet, fermier des gabelles du Lyonnais et du Languedoc, qui n'était autre que le père de l'illustre évêque de Meaux, avait, en regard de la rue actuelle des Juges-Consuls, sa maison de ville, qui appartenait plus tard à Huault, seigneur de Bernay. L'enseigne en était la Ville-de-Reims alors que ce dernier avait pour acquéreur le bourgeois Leroy. Un bas-relief de forme ronde représentait alors sur une autre façade Henri IV, entre une maison à Barthélemy et une à la veuve de Forcadel, conseiller aux Aides. Celle de la veuve avait sa petite porte sur la rue du Coq, dont deux propriétés touchaient le fond de celle à médaille et de l'autre. Du côté opposé se suivaient en ce temps-là, comme propriétaires : Les héritiers de Girault, écuyer,
conseiller au Châtelet. Mme Rénée-Madeleine de Rambouillet
de la Sablière, veuve de Trudaine, ancien prévôt des
marchands, au nom et comme tutrice de ses enfants, avec Brument, tapissier,
pour locataire. Les héritiers de Desnots, secrétaire des
finances, au coin de la rue de Renard. Mme Marie Angran, veuve de Philippe
de Boran, Mts. de Castilly, avec entrée rue du Renard. Henri-Charles
Arnauld de Pomponne, abbé commendataire de l'abbaye royale de Saint-Médard
à Soissons, conseiller d'État, garde des sceaux grande maison,
tenant plis ou moins à la rue du Renard. Jacques de Sallo, seigneur
d'Auvilly : 2 maisons, venant, des Saveuse, avec longue allée et
des jardins. Charles Lebrun, greffier des bâtiments : grande maison,
petit jardin. Et cet appel peut déjà compter, quoique partiel. L'architecte Quirot habitait sa maison ; il l'avait achetée des hoirs de Charpentier, littérateur qui avait pris parti pour les modernes dans la querelle de son temps sur le mérite des anciens et des modernes. Denis de Sallo, conseiller au parlement et fondateur du Journal des Savants, devait être le père de son homonyme précité. L'Arnauld de Pomponne sur le tapis avait localement hérité de son père, Simon Arnauld ; marquis de Pomponne, et ce ministre intègre, dont Saint-Merri gardait la tombe, était lui-Même, à titre de fils, héritier de Robert Arnauld. Pour la maison Desnots, elle tenait par-derrière à celle des Juges-Consuls. Des dépendances de ce dernier hôtel se projetaient même rue de la Verrerie. La juridiction consulaire avait été- créée par Charles IX ; le siége de ce tribunal resta derrière Saint-Merri jusqu'à sa translation dans le palais de la place de la Bourse. André Bouret avait été propriétaire dans notre rue près l'hôtel consulaire, comme acquéreur de la veuve de Jacques Thivol, sieur de Sainte-Foy, chef du vol des oiseaux du cabinet de feu le duc d'Orléans. Entre les rues de la Poterie, ladite rue de la Poterie-des Arcis est maintenant l'en-tête de la rue du Renard, qui commençait naguère à la rue de la Verrerie, et Saint-Martin, les maisons appartenaient en 1780 : à Lebel, au même, à Sorèze-de-Meuze, à. Coulon-Destouches ; à La Motte et consorts, au Saint-Esprit, au Saint-Esprit encore, à Bourgoin, à De la Capelle. L'ordre du Saint-Esprit n'était pour rien dans cette litanie bourgeoise ; il ne s'y agissait que de l'hôpital du Saint-Esprit, fondé place de Grève en 1362, rebâti en 1746, sur le plan de Boffrand, pour recevoir 60 garçons et 60 filles auxquels on apprenait un état. Des notaires occupaient alors quatre ou cinq belles maisons, édifiées pour la grande robe et maintenant vouées au commerce en gros de l'épicerie et de la droguerie, qui n'est devenu la principale industrie de la rue qu'en notre siècle. Près la rue du Temple se tenait le bureau des Experts jurés des Bâtiments, institués par édit en 1690, et plus près de Saint-Merri le bureau des Huissiers-audienciers au Châtelet, où paraissait, imprimé tous les mois, un extrait des criées du tribunal. La rue de la Tixéranderie, sacrifiée à celle de Rivoli, suivait un cours quasi-parallèle à la nôtre ; l'une et l'autre ayant eu leur hôtel Saint-Faron, cela devait être le même sous deux faces différentes ; il donnait, qui plus est, rue des Deux-Portes ou rue du Coq. Ses rapports ne furent-ils pas directs avec l'abbaye de Saint-Faron ? Les comtes d'Auxerre avaient eu, de toute façon, un séjour au même endroit. N'était-ce même pas le royal hôtel de Navarre, qu'avait occupé, entre les rues de la Verrerie, du Coq et des Deux-Portes, Blanche de Navarre, veuve de Philippe de Valois, et qu'avait aliéné en 1417 Catherine d'Alençon, veuve de Pierre de Navarre ? Ce palais ou l'hôtel Suger était évidemment le logis qui faisait de Charles VII en personne un habitant de la rue de la Verrerie alors que la trahison de Périnet-Leclerc livrait l'entrée de Paris aux Bourguignons. Ah que l'ancien palais dérogeait donc en devenant, sur la rue que voici, le bureau générai des Fosses vétérinaires pour l'équarrissage hors de ville. Un service régulier de carrosses pour Sézanne et pour d'autres localités partait dès le XVIIe siècle d'un hôtel de la Trinité, en la même rue, et un traiteur voisin, à l'enseigne du Petit-Paris, servait jusqu'à des repas de noces. De grands magasins de tapissiers s'établirent postérieurement sur plusieurs points et cette spécialité allait un moment jusqu'à dominer dans la rue, au commencement de l'Empire, comme la verrerie autrefois. Roussin aîné, tapissier, du gouvernement, entrepreneur de la décoration des fêtes publiques, y occupait surtout de nombreux ouvriers et y chargeait ou déchargeait incessamment des voitures de déménagement. Non loin de l'hôtel Saint-Farcin, mais pas du même côté, a été le bureau des maîtresses Couturières découpantes, communauté divisée en quatre classes. Les couturières en robe composaient la première ; celles pour enfants venaient ensuite ; puis les lingères, puis les confectionneuses de garnitures. Une maîtresse ne pouvait avoir qu'une apprentie à la fois ; l'apprentissage durait trois ans ; le chef-d'oeuvre était obligatoire pour parvenir à là maîtrise, qui coûtait 174 livres, comme le brevet 20 livres 10 sols. Saint Louis était le patron des Couturières. Au n° 28 le naturaliste Valmont de Bomare avait un riche cabinet, dans lequel il faisait des cours, mais qui fut réuni en 1787 au cabinet du prince de Condé, dont venait d'être nommé garde ce savant, dans le château de Chantilly. Valmont de Bomare, membre de l'académie des Sciences, avait utilement voyagé pour le compte du gouvernement. Il est l'auteur d'un Dictionnaire d'Histoire naturelle. Le n° 2 de la rue de la Verrerie a appartenu à la famille de Salignac-Fénélon. La fabrique de l'église Saint-Jean était propriétaire des n°s 4, 6 et 8, ainsi que de cinq maisons les suivant de près, mais en retour sur la petite rue de Moussi. |
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