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RUE DU PETIT CARREAU (Histoire de Paris
rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)
Notice écrite en 1861. Cette rue, qui commence à hauteur du n°2 de la rue Léopold Bellan et du n° 36 de la rue Saint-Sauveur pour prendre fin au niveau du n° 44 de la rue de Cléry, porte le nom d'une ancienne enseigne. Prolongeant la rue Montorgueil avec laquelle elle sera confondue jusqu'au début du XVIIème siècle, elle est ensuite divisée par la rue Réaumur. La partie mitoyenne de la rue Poissonnière sera appelée rue des Boucheries en 1637. Le marché des Petits-Carreaux, moins fréquenté que le carreau des Halles, était sans doute pavé originairement de ce qu'on appelait du carreau ; le même pavé tenait lieu de plancher aux cabarets lorsqu'on y laissait des buveurs littéralement sur le carreau. Vis-à-vis de l'hôtel des Grilles, où la veuve Boyer a commandé en maître et qui n'est plus pour le vulgaire que le n° 43, les morceaux de viande s'étalaient qui avaient un moment. fait une rue des Boucheries de l'entre-deux des rues Montorgueil et Poissonnière. Le plan de Gomboust, il est vrai, faisait commencer celle-ci et finir celle-là ; en 1632, à la hauteur de la rue Neuve-Saint-Eustache ; toutefois on connaissait déjà un siècle avant, dans la rue Montorgueil, un lieu des Petits-Carreaux, et 38 maisons étaient portées au compte de notre rue en 1714 ; au nombre de ces maisons figurait déjà le 38, possédé sous Louis XVI par la baronne de Vignet. On a toujours bu sec en ce quartier. L'enseigne des Trois-Bouteilles et celle du Château-Gaillard rivalisaient, dans la rue du Petit-Carreau, avec le Triomphe-de-Bacchus, dont le propriétaire lui-même portait, vers 1714, un nom qui ratissait chaleureusement la gorge et donnait soif : Le Poivre ! La corporation des joueurs de violon avait bien son bureau rue Saint-Martin, attenant à Saint-Julien-des-Ménétriers ; néanmoins les musiciens à embaucher se donnaient rendez-vous chez Zublet, aux Trois-Bouteilles, près la rue Thévenot, et, de nos jours encore, tous les dimanches, des virtuoses disponibles se réunissent sur le même point de la rue du Petit-Carreau, à la porte d'un marchand de vin, et y trouvent un engagement pour la soirée dans quelque orchestre de bal, de spectacle ou de café-concert. Le cul-de-sac du Crucifix, dit aussi du Petit-Carreàu, comportait 7 petites maisons en 1768. Nicolas Le Prieur en avait acquis 4 ; Pierre Le Prieur, fils de Nicolas, y ajouta les autres et fit bâtir par l'entrepreneur Goupy, sur l'emplacement du tout, un hôtel à deux portes,qui n'en a plus qu'une. C'est le N° 14, et comment le louer assez de n'avoir renoncé qu'à la moitié du jardin qui le distinguait d'une maison de petite bourgeoisie ! Goupy, devenu architecte, a dessiné le plan de plusieurs casernes de Paris, notamment de celle de la Nouvelle-France. Le n° 26 sert de passage officieusement à l'ancienne cour des Miracles. Tout le monde, au commencement du dernier siècle, ne se hasardait pas encore le soir dans l'ancienne vallée aux Mendiants et aux Voleurs, chef-lieu de la truanderie au Moyen-Âge : il y avait pourtant 3 lanternes pour éclairer 4 maisons, en comptant ce qu'y possédaient les hospitalières de Sainte-Catherine et les filles-Dieu, sans compter par exemple les échoppes en appentis qui s'adossaient, aux murs et qui n'étaien pas habitées la nuit. Une maison, dans ledit passage, ouvre sa porte cochère en face d'une ruelle que son écriteau donne pour impasse de l'Étoile : n'était-ce pas l'hôtel Dupressoir ? De toute façon la location y remit, sous Louis XV, un nouveau genre de malfaiteurs adroits en possession de la cour des Miracles, que le règne précédent avait purgée de ribaudes et de francs-mitous moins civilisés. Les charmes de Dorothée, de la Beauvoisin et puis de Jeanne Vaubernier, à l'âge de 21 ans, attiraient là, des grands seigneurs, tels que le duc de la Trémoille et le prince de Ligne, mais plus encore de financiers, chez le comte Dubarry, qui leur dorait ainsi les pilules de son tapis vert. La plus séduisante des complices de ce chevalier d'industrie était la nouvelle recrue ; ses bonnes grâces avaient déjà le rare privilège de ramener les galants, encore plus que de simples espérances. Elle était grande, bien faite, blonde à ravir : front dégagé, beaux yeux, sourcils à l'avenant, visage ovale légèrement marqué de petite-vérole, mais parsemé de signes sur les joues qui le rendaient piquant comme pas d'autre, nez aquilin, bouche au rire leste, peau fine, gorge qui contrariait la mode en conseillant à beaucoup d'autres gorges de se mettre à l'abri d'une comparaison ! Jeanne, sans songer à l'avenir, s'amusait pour son propre compte de l'empire exercé par elle à bien moins de frais qu'il ne fallait à son associé d'expérience et de dextérité pour commander à la fortune du jeu. Tout commençait alors ou finissait pour elle par un souper, où elle buvait peu de vin, mais beaucoup de liqueurs. N'avait-elle pas pour vocation le plaisir, auquel était dû tout ce qu'elle avait et jusqu'à sa naissance ? Son père était abbé ; sa mère, une Lorraine nommée Bécu, mariée ensuite à Ranson, qui, de domestique, s'était fait employé aux barrières de Paris. Duharry avait rencontré cette jolie femme chez la comtesse Duquesnay, qui l'aimait de manière à en rendre jaloux M. de Chabrillan, dont ladite maîtresse donnait elle même à jouer. Lebel, valet de chambre du roi, vint de même cour des Miracles, lia facilement connaissance avec l'Égérie du tripot, et un appartement se meubla avant peu, rue des Petits-Champs, pour Jeanne Vaubernier, qu'on avait commencé à surnommer l'Ange dans la maison à parties de la Gourdan, et Mlle Lange changea moins de conduite que de fortune et de nom, chacun le sait. Dans l'ancienne demeure de Jean Dubarry habitait le publiciste Hébert, membre de la Commune de Paris, pendant que Jeanne Vaubernier payait de sa tête le luxe et le crédit dont elle avait joui comme comtesse Dubarry. Ce rédacteur du Pére Duchesne, journal de cynique mémoire, avait été receveur de contremarques dans un théâtre ; il acquit de nouveaux titres à l'exécration générale lors du procès de Marie-Antoinette, fut dénoncé par Saint-Just à la Convention, qui le reconnut chef d'une,faction menaçante pour l'État, et il ne finit pas autrement que Mme Dubarry. |
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