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RUE DE LA LUNE (Histoire de Paris
rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)
Notice écrite en 1861. Pour l'honneur de la compagnie d'élite dont il s'agit à la fin de l'article précédent, constatons que, de son temps, il n'y avait encore à l'encoignure opposée de la rue Poissonnière qu'une seule des deux maisons de tolérance qui, aujourd'hui, relient une rue à l'autre. Celui des deux établissements dont la porte s'entrebâille sur la rue de la Lune fut fondé vers 1820 par un marchand à la toilette. Un galant mettait, au contraire en cette rue le beau sexe à contribution, dans des conditions peu communes au commencement du règne de Louis XIV ; on le nommait Henri Barjot de Rennevilliers. Fallait-il qu'une femme fut adroite pour passer par ses mains sans autres frais ! Si la belle avait plusieurs bagues, ce n'était jamais la plus simple qu'il soutirait à titre de souvenir, quand ce n'était pas de l'argent à son mari. Il vivait donc à l'aise dans les meilleur quartiers de la ville et ne se retirait à la Ville Neuve, dont la rue de la Lune faisait partie, que sur une déveine en amour et au jeu ; qui l'obligeait à des économies. Son train de maison, dans la morte-saison, se réduisait souvent à une vieille femme, pommée Blanc qui n'attendait même pas après ses gages pour vivre ; elle avait appris, en servant dans un hôpital, à saigner, à remettre les membres disloqués, et elle continuait à faire le chirurgien. Cette renoueuse ne craignait pas de se transformer parfois en amazone ; elle ne montait à cheval, sur le tard, qu'avec une épée dans la main droite et un flambeau dans l'autre, quand elle allait quérir son maître par la ville. La bouchère et la boulangère étaient toujours payées à sa manière par ce mauvais sujet, qui ne prenait jamais de fournisseur veuf : il ne laissait s'arriérer des parties, c'est-à-dire des mémoires, qu'au risque de régler avec des créancières d'autant plus éloignées de la jeunesse. Une fois même, Rennevilliers avait affaire à une vieille femme de la rue de la Pourpointerie ou des Lombards, qui lui avait longtemps habillé des laquais. En arrivant, sur la promesse formelle qu'il lui serait enfin donné satisfaction, la malheureuse déployait un sac vide ; mais, avant de repasser la porte, elle jetait ses parties au feu en s'écriant : Que demander à un honnête homme qui a pour la vieillesse tant d'égards ! C'est fort innocemment, nous le croyons qu'à la fin du XVIIe siècle M. Plaisir habitait le 41 : le véritable nom de ce propriétaire était bien Claude du Plaisir. Le joli nom de qualité ! Par malheur, à cette époque-là, une bonne moitié des marchands de la rue Saint-Denis prenaient librement le de que l'ignorance crasse de notre, siècle en, science nobiliaire prend pour l'équivalent de messire. Entre les rues Neuve-Saint-Étienne et Sainte-Barbe (rue de la Ville-Neuve et Pourtalés), le côté des numéros pairs fut bâti par François Berthelot, secrétaire des commandements de la Dauphine, et Marie Regnauld, sa femme, pour y placer 60 soldats blessés. Mais la fondation de l'hôtel des Invalides, en atteignant royalement le but des institutions du même genre, supprima la momerie des soldats infirmes. La maison priacipale de la rue de la Lune fut achetée, en 1683, par les dames de Saint-Chaumont, qui en firent le petit Saint-Chaumont. Le chef-lieu de cette communauté des filles de l'Union-Chrétienne recevait des élèves, rue Saint-Denis, à des conditions autres que la succursale, qui prenait des pensionnaires à raison de 250 à 400 livres. Les bâtiments de cet annexe donnaient également sur le Cours, ancien Rempart, et dataient seulement de la renaissance de la rue, dont l'acte de naissance remontait au milieu du XVIe siècle. On en avait rasé les maisons dès 1593, pour fortifier la ceinture de Paris, dont la Ligue refusait l'entrée au Béarnais. Une chapelle Sainte-Barbe avait elle-même disparu, dans l'abatis, et c'est trente ans plus tard qu'on avait élevé, à sa place Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, presque entièrement reconstruite sous la Restauration. De Caux, huissier de salle à la cour de Versailles, avait aussi Louis XIV pour seigneur direct dans trois propriétés qui se suivaient rue de la Lune : le 4, bis en était une : Voyez-vous une maison de secours et une école de filles, n° 42 ? Cet immeuble et l'immeuble adjacent appartenaient aux pauvres de la paroisse Bonne-Nouvelle. Ils étaient chargés de 2 livres, 5 sols, 5 deniers de cens, redevance acquittée pour l'année 1703 par les mains de Françoise Enault, supérieure, Marguerite, Gautier et Jacqueline Guénot, soeur de la Charité attachées, à ladite paroisse. La plupart des maisons situées sur cette ligne avaient sur le Cours une seconde, porte que quelques-unes conservent, de nos jours sur le Boulevard. |
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