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RUE SAINT-FIACRE (Histoire de Paris
rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)
Notice écrite en 1861. Elle s'est appelée rue du Figuier. Origine du nom : Fief de Saint-Fiacre, sur lequel cette voie est située et qui appartenait à la grande confrérie. Celle-ci, déjà connue en 1630, mais sous le nom de rue du Figuier, sortait-elle d'un petit fief Saint-Fiacre ? Ou le .sieur Fiacre y fonda-t-il le service des voitures qui ont gardé ce nom dans le vocabulaire usuel ? Des écuries et remises pouvaient y rester subordonnées à ce bureau de la rue Saint-Martin auquel convenait si bien l'enseigne de Saint-Fiacre et qui se tint plus tard rue du Faubourg-Saint-Denis. Lesdits carrosses de louage étaient déjà au nombre de 1800, avant que la concurrence des cabriolets de place, vers 1770, en renvoyât pas mal sous la remise. Le tarif était alors : 26 sols pour la première heure, 20 pour les heures suivantes, 24 pour une course. La rue Saint-Fiacre a été fermée pendant un siècle par deux grilles, qui paraissent deux portes bien murées sur le plan de Paris en 1739. La plupart des propriétés, qui la bordaient ayant leur entrée principale ailleurs, on ne comptait encore à la fin du,règne de Louis XIV que 4 maisons qui appartinssent à la rue au même titre exclusif que ses 2 lanternes ; elle n'avait pourtant rien perdu, depuis dix ans, époque où Mlle Mouilleron, propriétaire du n°2 ou du n°4, tenait à Mme Canaple elle-ci à Dumesnil, chantre à l'Opéra, Dumesnil à l'avocat Baudin et Baudin à De Maille. Le jardin de ce dernier empiétait sur l'ancien fossé de la ville, où commençait également le jardin de l'abbé Dufour, qui, tout en allant jusqu'au Boulevard faisait face à celui de Lhuillier, contigu à celui du conseiller Guilloye, après lequel venaient trois autres propriétés au même Lhuillier. Le pavillon portant le chiffre 8 fut donc l'habitation de Dumesnil, haute-contre du temps de Lulli. Ce chanteur n'avait rien gagné au privilège qui permettait alors aux gentilshommes de devenir sans déroger pensionnaires de l'Opéra : il avait été le cuisinier de Foucault ; conseiller d'Etat et numismate, cet ami du père La Chaise puis intendant du prince de Montauban. Dans Armide, il créa le rôle de Renaud. Malheureusement Dumesnil, qui ne se piquait ni de sobriété ni de pudeur, entrait souvent en scène entre deux vins et aimait à se mettre en tiers dans les amours des filles de théâtre, pour en vivre plus à son aise. Mlle Maupin, sa camarade, qui n'avait répudié que les préjugés de son sexe, était mal avec ce chanteur, qui la traita d'hermaphrodite, ne sachant plus par où la prendre. La chanteuse, fille d'un gentilhomme, avait appris d'un de ses amants, prévôt d'armes, à tirer l'épée ; elle accosta sur la place des Victoires l'habitant de la rue Saint-Fiacre, qui revenait de l'Opera, et comme il refusa de croiser le fer avec la cavalière qu'il avait insultée, celle-ci lui administra une volée de coups de Canne en lui prenant sa montre avec sa tabatière. Le lendemain, au foyer du théâtre, Dumesnil raconta qu'il avait eu affaire à trois gredins, qui avalait profité des ténèbres d'une heure avancée pour le frapper et le voler. Mais Mlle Maupin arriva à propos pour lui dire : — Panembleu ! tu mens : J'étais toute seule ! Voici une Montre, voilà une tabatière que te rend la main qui les a prises. Sous le règne suivant, M. de Curis avait dans la rue Saint-Fiacre la superbe maison voisine ; seulement il en sortait et y rentrait par la rue du Sentier. Cet amateur de petits-soupers en faisait quelquefois avec M. de Jumilhac, le gouverneur de la Bastille ; mais l'un et l'autre étaient fort contrariés que M. de Sartines, le lieutenant de police, fût à même de leur demander peu de jours après comment ils s'en trouvaient et sût aussi bien qu'eux en quel endroit s'était dressé le couvert, quelles filles en avaient été tout le contraire de la pièce de résistance et à quelle heure on s'était séparé. N'y avait-il donc pas moyen de soustraire leurs fredaines aux investigations des limiers de la police ? M. de Curis, n'en ayant pas trouvé, prit enfin le parti de supporter ce qu'il ne pouvait empêcher et proposa encore à son ami de faire ce qu'on appelait alors des soupers de filles. — Volontiers, répondit M. de Jumilhac, mais à la condition que M. de Sartines en soit. Au 16 demeurait la Becquet, chez laquelle s'engageaient force parties galantes, dont elle battait et rebattait les enjeux. Cette pourvoyeuse distinguée avait aussi au faubourg Saint-Laurent une petite maison pour les soupers. L'avocat général Séguier ne mettait pas moins à profit que ces MM. de la Ferme-Générale, la variété des ressources de la Becquet, chez laquelle ce magistrat fut rencontré le 2 avril 1760. Il y avait déjà fait acte de présence dans les quatre nuits précédentes et Virgile lui-même eût perdu son latin à lui dire : Quintam juge. |
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