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RUE TURENNE (Saint-Louis-au-Marais) (Histoire de Paris
rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)
Notice écrite en 1862. La rue n'ayant pas encore pris pour entête celle du Val-Sainte-Catherine, ne se prolongeait pas, comme aujourd'hui, jusqu'aux rues Rivoli et Saint-Antoine. L'un des plus célèbres habitants qu'elle avait eus ne remplaçait pas encore saint Louis sur ses estampilles. Précédemment rue du Val Sainte-Catherine dans la partie A et rue Saint-Louis dans la partie B. La partie A s'est appelée successivement : ruelle des Egouts (1590), rue des Egouts (1606), rue de l'Egout Couvert, rue de l'Egout Sainte-Catherine, rue du Val Sainte-Catherine (déc. min. du 17 août 1839). La partie comprise entre les rues des Francs Bourgeois et des Filles du Calvaire s'est appelée successivement : rue de l'Egout, rue de l'Egout Couvert, rue Neuve Saint-Louis, grande rue Saint-Louis, rue Saint-Louis au Marais, rue de Turenne (14 vendémiaire an IX), rue Saint-Louis (arr. du 26 avril 1814). La section comprise entre les rues des Filles Du Calvaire et Charlot s'est appelée successivement : rue Boucherat et rue Saint-Louis (en partie, arr. du 11 mars 1851). Origine du nom : Henri de La Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne (1611-1675), maréchal-général, avait son hôtel dans cette rue. Contingent de noms et de dates mémorables fournis à l'histoire de Paris, pour le compte de cette rue, par des documents inédits et des livres. Durant l'occupation anglaise, le duc de Bedfor obligea le prieur de Sainte-Catherine-du-Val-des coliers à renoncer, moyennant 16 sols parisis de chef-cens, à la propriété de 8 arpents et 1/2 détachés de la culture Sainte-Catherine et qui, depuis la fondation du prieuré, au commencement du XIIIe siècle, faisaient partie de son domaine direct. Mais des lettres-patentes de Charles VII, en date du 3 décembre 1437 cassèrent le contrat de renonciation passé devant Legras et Paris, notaires au Châtelet, le 17 juin 1425. Après s'être rentrés en possession de leur terrain, théâtre de maints désordres, les pères jugèrent bon de le faire entourer d'un mur ; les prévôt et échevins les autorisèrent, qui plus est, en l'année 1487, à enclore avec la culture l'égout dont elle était bordée, à la condition de laisser une porte pour la visite et le curage. On forma en 1560 sur cet égout, jusque-là découvert, la rue dite des Nouveaux Égouts, puis Saint-Louis sous le règne de Louis XIII. Des constructions ne remplacèrent que successivement des jardins et des chantiers sur les 8 arpents et 1/2 provenant de Sainte-Catherine, qui s'aliénèrent en divers lots, au moyen de baux à vente consentis par les religieux à des particuliers, tels que Mathieu Mayert, orfèvre, le dernier jour de novembre 1546, et Gildart Millet, praticien au Palais, le 18 Mai 1547. Une place audit terrain, derrière les maison et jardin de Jean Lair, procureur au Châtelet, était baillée à rente perpétuelle, le 28 février 1660, à Méderic de Donon, contrôleur du Domaine, et une autre place à Jacques Saulger, par l'évêque de Toul, prieur de Sainte-Catherine-du- Val-des-Écoliers, Marin Maupillé, sous prieur, Jean Hamelin, François Fouet, François Cottard, Jean Choquet ; Jean de Sussy et Jean Chaillou, tous religieux-profès dudit prieuré et couvent. Un petit lot, vingt ans après, était cédé à Marc Miron, seigneur de l'Ermitage, conseillée et premier médecin du roi, par François de Berne, prieur, Jean Chaillou, sous prieur, docteur en théologie, Jean Choquet, procureur et syndic, Godefroy Hardy, Simon Hamelin, François Béranger et Jean Jacob, prêtres ; Charles Tallery, diacre, et Jean Dugué, tous religieux-profès. Il s'agissait d'un morceau de terre qui longeait les égouts de la ville, derrière le jardin de Mme de Kernevenoy (Carnavalet), en tenant au jardin de Jean Lestelle, médecin. Déjà Miron, sept ans auparavant, avait acheté de Françoise de la Marche femme de Villequier, gouverneur d'Anjou deux maisons contiguës à celle de son confrère Lestelle. Le père de ce dernier avait été marchand et succédé dans sa propriété à Périne de Pisseleu. De plus, Jeanne Barbedor, belle-mère de Miron, avait été propriétaire par-là, avant son gendre. Digne membre d'une famille de médecins célèbres, Miron avait suivi le duc d'Anjou en Pologne et contribué au retour en France de ce prince, devenu Henri III ; à deux reprises il avait siégé aux États de Blois, comme député de la Faculté de Paris, et on lui reconnaissait le titre de comes archiatrorum : Dicitur archiater qui princeps est medicorum. Charles Miron, évêque d'Angers
à 18 ans, siégeant l'année suivante aux États
de Blois, était fils de Marc ; il s'arrangea d'une place attenante
à celle que son père avait eue de même origine, rue
des Égouts. L'hôtel Miron touchait à la maison de
Laroche-Bonneuil et au petit hôtel d'Argouges, lorsque l'évêque
hérita du médecin, c'est-à-dire en 1608. Charles
Miron prononça l'éloge funèbre de Henri IV, après
avoir été chaudement son partisan. Des querelles avec son
chapitre le portèrent à accepter l'abbaye de Saint-Lomer
de Blois, en échange de son évêché, qu'il reprit
pour peu de temps en 1622, et puis vint sa nomination à l'archevêché
de Lyon, qui fut déclarée par Talon attentatoire aux libertés
de l'église gallicane. Le président, maria, sa fille au marquis de Joyeuse colonel qui vendit à Choux de Bussy, secrétaire du roi, en 1761. Le plan de Paris en l'année 1652 place contre l'hôtel Caumartin un hôtel Villedo : quel était-il ? Un terrain clos de 166 toises, au coin de la rue Neuve-Saint-Catherine (rue des Francs-Bourgeois) et de la rue Saint-Louis, avait été cédé en 1634 par Lefèvre de Caumartin à Villedo, maître-maçon, en échange de 265 toises prises plus haut, dans la rue Saint-Louis, sur un terrain aliéné par les religieuses de Saint-Gervais lesdites 265 toises tenant aux héritages de l'architecte Leroy et du président Lejay. Or Lejay, gouverneur d'Aire, a eu certainement un hôtel à l'encoignure de la rue du Parc-Royal et de la rue Culture-Sainte-Catherine (rue Sévigné). La famille Villedo de Clichy, postérieurement à la cession de Caumartin, disposait de quatre maisons aux moins qui se suivaient, à l'entrée de la nôtre, et notamment de l'hôtel occupé par un de ses membres devenu conseiller du roi et général des bâtiments, ponts et chaussées de France. Une des autres maisons appartenait à Marguerite Villedo, épouse d'Étienne Papot, maître des bâtiments du roi, et plus tard à Madeleine Villedo, femme Rostau. Une autre maison aussi avait été apportée par Catherine Villedo à son mari Michel Noblet, architecte du roi et garde des fontaines, qui en fit hériter son neveu, l'architecte Bruant, une autre encore, contiguë à l'hôtel proprement dit, fut vendue par Villedo jeune, maître des comptes des bâtiments du roi, à Marguerite Foucault, fille majeure, en 1658. Enfin, dix ans après, un partage de famille attribuait à une rue Villedo, femme de Michel Delavigne, docteur régent, l'hôtel loué à l'abbé Colbert, puis, acheté par Meynaud de Latour, secrétaire des finances, et ensuite hôtel Lowendal. M. de Lowendal, qui demeura rue Saint-Louis, était un fils du maréchal de France ; il avait alors Beaumarchais pour ami. Une masure, en face de la rue de Minimes, parait
tout ce que la rue Saint-Louis a conservé de l'hôtel Caumartin
; mais on revoit la plupart des constructions dont les Villedo ont posé
la première pierre. Girardin, ambassadeur de Louis XIV près du Grand-Turc ; n'a pas manqué d'avoir sur l'ancien parc royal une grande maison roue Saint-Louis, près celle de Mivault, maître des comptes, et une autre maison par-derrière, qui le mettait en mitoyenneté avec Delisle-Mansart. Quand toutes deux, plus tard, appartenaient à Louis-Alexandre Girardin, maître des requêtes de l'hôtel-du-roi, en sa qualité de donataire de Jean Girardin chevalier, seigneur de la Cour-des-Bois, des Préaulx et du Cigne la première ne communiquait plus avec la rue que par une longue allée et il y tenait d'une part à Petit-Déstigny, d'autre part à Doublet, trésorier du duc d'Orléans, dans le fond à lui-même et à la veuve Ruelle, il se trouvait également propriétaire derrière la seconde, qui, au coin de la rue Saint-Gilles, touchait encore à celle des ayant-droits De Mivault. Après la rue des Douze-Portes (Villehardouin), Claude Guénégaud, trésorier de l'Épargne, avait fait élever un hôtel, qui est devenu la proie des flammes ; Mme de Sévigné raconte qu'elle a été témoin de l'incendie : elle habitait alors l'hôtel Carnavalet. On a réparé le désastre pour un nouveau propriétaire, le chancelier Boucherat, dont la bibliothèque était citée et dont le jardin allait jusqu'au Boulevard. De la propriété du chancelier ce qui restait de mieux au XVIIIe siècle, par suite de réductions, était l'hôtel d'Ecquevilly, occupé de nos jours par le couvent de Sainte-Elisabeth. Le marquis d'Ecquevilly, capitaine général des chasses du roi, après son père et son grand-oncle, épousait, en 1741, la fille d'un de ses voisins, le marquis de Joyeuse. Vers cette époque, Lesage était logé à l'angle de la rue des Douze-Portes de bonnes positions avaient été offertes à l'auteur de Gil Blas et de Turcaret, qui préférait vivre de sa plume en faisant jouer des pièces à la foire. Thévenin de Tanlay, premier président en la cour des Monnaies, n'avait-il pas ses bureaux, sous Louis XVI, au 30 ou au 32, que la famille de Gourgues a habités ? En cas d'erreur, ce serait au 44. Enfin au vénérable hôtel que les n°s 46 et 48 nous représentent sans ses dépendances, diverses traditions rattachent d'illustres noms : Turenne, Vauban, La Bruyère, Mlle de la Vallière. Le plan de Gomboust y marque l'habitation de M. le Vasseur. On dit aussi que ce fût l'hôtel de Crosne, avant la nomination de M. Thiroux de Crosne, intendant de Lorraine, à la lieutenance générale de police. La Tour-d'Auvergne, duc de Bouillon y avait, résidé avant Turenne, son fils, qui recevait des frondeurs, lorsqu'il subissait 1'influence de la duchesse de Longueville, et entretenait chez lui des assemblées protestantes périodiques, avant que Bossuet l'eût converti. Vauban lui-même, n'a-t-il pas commencé par servir dans les rangs de la Frondé, sous le grand Condé ? Quant à l'auteur des Caractères, Bossuet l'a présenté pour enseigner l'histoire au fils de Condé jusque-là il était trésorier de France à Caen. Outre le grand hôtel Turenne, aujourd'hui encore divisé, il y en a eu un petit, qui parfois s'en est détaché : ainsi s'explique l'exubérance des souvenirs locaux par la simultanéité. Pendant que Turenne, rentré dans le devoir, tenait campagne contre Condé, sa femme, Charlotte de Caumont, qu'il avait fondée de pouvoir, faisait fermer une rue Neuve-des-Minimes en vertu d'une autorisation royale du 17 avril 1665. De cette rue 17 toises étaient données par le roi au grand capitaine, qui les ajoutait à son jardin, et Guénégaud lui-même en gagnait un morceau entre Petit-Destigny et Mme Scarron. Cette dernière n'était-elle pas la jeune femme du poète Scarron et, par conséquent, propriétaire du chef de son mari ? La duchesse d'Aiguillon a donné le dernier jour d'avril 1684, au cardinal de Bouillon la terre et châtellenie de Pontoise, en échange de l'hôtel Turenne, afin d'y établir les bénédictines de l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement. Leur entrée a eu lieu le 16 septembre de la même année. Seulement elles acquéraient, le 9 avril suivant, une place contiguë de 384 toises, qui avait déjà fait partie de l'hôtel Turenne et qui se trouvait circonscrite par leur propriété, par celles de MM. de Sainte-Foy, Boulin et Guénégaud, ainsi que par la rue Saint-Claude, sur laquelle un bâtiment à elles alignait 4 toises de façade. Ce monastère se composait en premier lieu des révérendes mères : Marie de Saint-François de Paule, prieure, Marie-Bernardine de la Conception, Marie-Madeleine de Saint-Bernard, Marie-Anne de Saint-Joachim, Marie-Opportune de Sainte-Gertrude, Marie-Scolastique de Jésus, toutes religieuses de l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement-de-l'Autel, «maintenant établies rue Neuve-Saint-Louis, Marais du Temple, à l'hôtel de Turenne. » L'hôtel confisqué par la Nation sur les ci-devant religieuses a valu le nom de Turenne à la rue Saint-Louis depuis l'an IX jusqu'à la Restauration. Une congrégation de franciscaines a fait bâtir, à la place de l'église du couvent, Saint-Denis-de-Saint-Sacrement, qui est livré au culte depuis l'année 1835. On appelait déjà Marais du Temple jusqu'à l'ancien jardin des rois lorsque l'hôtel Turenne, dont le terrain en provenait aussi, entrait en religion. Mais ce n'était pas encore le quartier vaste qui depuis se qualifie le Marais. Mme Cornuel, dont les bons mots faisaient les délices de la place Royale, en était presque lorsqu'elle habitait le Marais du Temple, c'est-à-dire entre la place Royale et le Temple, où le XVIIe siècle était si bien représenté. Cette fille de Bigot, intendant de M. de Guise, était la seconde femme de Cornuel, qui avait senti naître son amour pour elle le jour même de l'enterrement de la première. Le nom du mari semblait le prédestiner à une disgrâce qui ne lui fut pas épargnée ; il finit donc par en prendre son parti, et Mme Cornuel de dire : - Les cornes sont comme les dents, elles ont du mal à percer et après on en rit. Mais si l'esprit dans ce ménage, comme dans beaucoup d'autres, venait de la femme, ce n'était pas sous le régime dotal ; Cornuel en eut sa part dans la communauté. Il était déjà vieux, très vieux quand un accident de voiture le jeta, au péril de ses jours, dans le même fossé que deux filles toutes jeunes, qui, lestement relevées, l'aidèrent lui-même à se tirer de là, en les remerciant il ajoutait : - Pauvres enfants, nous étions tous les trois du même âge il y a deux minutes ! Le 56 et le 60 ont abrité le chancelier Voysin, dont Mme de Maintenon avait fait la fortune, et qui eut d'Aguesseau pour successeur aux sceaux. La famille de Jumilhac en a disposé, avant ou après le comte d'Erlach, colonel de gardes-suisses ; le marquis de Jumilhac commandait en 1791 la garde constitutionnelle de Louis XVI. Mais ce n'était plus l'ancien parc royal et encore moins l'ancienne culture Sainte Catherine qu'on y foulait aux pieds ; c'était la superficie des plus anciens Marais du Temple. De ce territoire proprement dit dépendait
le terrain vendu par les hospitalières de Saint-Gervais à
Barthélemy de Bissi, et n'avons-nous pas vu Villedo en transporter
9. 65 toises à Lefèvre de Caumartin ? Les propriétaires
qui s'y suivaient entre les rues du Parc-Royal et Sainte-Anastase, vers
l'an 1780 étaient : Dubreuil, Hocquart, Brunet d'Evey, Dassy, de
Beaudreville, Gesly, le comte de Voisenon et Richard.
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