|
|
|
|
|
|||||||||||
RUE POPINCOURT (rue Folle-Méricourt) (Histoire de Paris
rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)
Notice écrite en 1862. La queue de la rue Popincourt n'était pas encore devenue la tête de la rue Folie-Méricourt, entre celle Oberkampf (Ménilmontant) et le boulevard du Prince-Eugène. Elle est indiquée comme entièrement construite sur le plan de Jouvin de Rochefort (1672). Dénommée Popincourt dès l'origine, on l'a aussi appelée rue du Bas Pincourt et par abréviation rue Pincourt. La rue du Bas Pincourt était comprise entre la rue de la Roquette et la rue Oberkampf. Un arr. du 2 avril 1868, a réuni un tronçon de la rue Popincourt, entre la rue Saint-ambroise et la rue Oberkampf, à la rue de la Folie-méricourt. Origine du nom : Manoir de Jean de Popincourt, premier président du Parlement sous Charles VI. Les Annonciades. — Nicolas de Blégny. Fronsac. — La Comédie-Bourgeoise. — Le Mis de Pange. —Le Cet de Fodas. Jean de Popincourt, président au parlement sous Charles VI, avait une maison de campagne près Paris ; elle devint à l'époque des guerres religieuses un temple calviniste, que le connétable Anne de Montmorency prit d'assaut le 31 décembre 1661, en ne le ménageant guère. La même propriété était vendue plus tard par Angrand, secrétaire du roi, aux annonciades du Saint-Esprit. Ces religieuses avaient formé depuis peu d'années à Saint-Mandé un établissement, sur le modèle de leur maison de Melun ; elles se transférèrent à Popincourt le 12 août 1636 et puis l'ancienne chapelle de Saint-Marthe ou du Saint-Esprit y fut remplacée par la leur. Une médaille d'argent, retend par un cordon bleu sur l'habit que portaient les soeurs, rappelait que leur ordre avait été institué en l'honneur de l'Annonciation : l'ange Gabriel y figurait, annonçant à la Sainte-Vierge le mystère de l'Incarnation. En 1720, la 3me propriété et la 4me qui venaient sur la droite à partir de la rue Ménilmontant étaient au sieur Albert, maître à danser ; lèes annonciades, dames de Popincourt, en avaient quatre sur la même ligne affermées à deux jardiniers, en regard de leur monastère. La communauté devenait nombreuse ; mais de cet accroissement ne résulta pas la prospérité de ses affaires et force fut, pour y mettre ordre d'aliéner une portion du domaine conventuel en l'année 1760. D'autres nécessités provoquèrent même le sacrifice du reste, qui fut vendu en 1781, à MM. Perrot de Ghezelles, de Blosseville et Valentin. La caserne construite sur le territoire qu'elles avaient occupé servait de quartier originairement à deux compagnies de fusiliers et à une de grenadiers, en tout 310 hommes, des gardes-françaises. Cette caserne, depuis un an ou deux, sert d'hospice aux Incurables (hommes). L'église des religieuses, vendue comme bien national le 2 prairial an V, fut érigée pendant le Consulat en seconde succursale de la paroisse Sainte-Marguerite, rachetée par la ville en 1811 et restaurée en 1818. Cette église, dédiée à saint Ambroise, touche le presbytère, qui ouvre actuellement sur le boulevard du Prince-Eugène ; c'est une vieille maison où Chéradame, entrepreneur du pavé de Paris, remplaçait immédiatement les religieuses. Le village de Pincourt, ainsi dit par abréviation,
a eu beau entrer à demi et puis tout à fait dans la ville,
les Parisiens n'ont cessé de s'y croire à la campagne que
plus d'un siècle après l'annexion. Les maraîchers
et les nourrisseurs n'en habitaient pourtant pas exclusivement la grande
rue. Une maison de santé y a été fondée, sous
Louis XIV, par Nicolas de Blégny, ainsi que le jardin médicinal
de Pincourt. Le chef de l'établissement pratiquait principalement
la chirurgie ; il s'était fait connaître comme bandagiste,
avant d'ouvrir un cours d'anatomie et divers autres, voire même
un cours sur les perruques. Ce M. de Blégny avait été
jusqu'à se mettre à la tête d'une société
académique, et elle publiait des mémoires dont l'impression
en France n'a été interdite en 1682, que par égare
pour tous les médecins qui se plaignaient d'y être maltraités.
Au reste, notre chirurgienne s'affichait de tous les côtés
comme préposé à la recherche et à la vérification
des nouvelles découvertes de la médecine, et il confiait Son cabinet en ville était rue Guénégaud, tout près du théâtre de Molière, qui faisait rire tout le monde des médecins, sans diminuer la clientèle du praticien voisin en vogue. Mlle de Blégny, directrice honoraire et perpétuelle de la communauté des jurées sages-femmes de Paris, pratiquait également sur des personnes de qualité et demeurait chez son fils, apothicaire du roi, rue Guénégaud. L'officine regorgeait de remèdes secrets, il est vrai, mais suffisamment garantis par cette annonce exceptionnelle : Une personne solvable qui en connaît la vertu s'oblige, quand on le veut, d'en payer la valeur en l'acquit des malades en cas qu'ils ne guérissent pas, pourvu qu'ils conviennent de les payer au double pour une parfaite guérison. Or la personne solvable, l'endosseur invisible, le compère anonyme, n'était-ce pas Nicolas de Blégny lui-même ? Tout le dénonce. Homme d'esprit pour se mettre en vue et de génie pour en tirer parti ; il ne visait pas directement qu'à l'argent ; il devait de fort belles places à la réputation qu'il s'était faite lui-même, car on l'avait nommé chirurgien de la reine en 1678, ordinaire du duc d'Orléans en 1683 et médecin du roi quatre ans après. De sa vaste et belle maison de santé, où il n'y avait pas qu'une seule porte, il subsiste plusieurs corps de bâtiments, rue Popincourt, entre l'hospice et les dernières maisons de la rue actuelle. Les malades et les convalescents y étaient traités à des prix différents depuis 20 sols jusqu'à 6 livres par jour : ils ne vivaient donc pas ensemble. Un pavillon entièrement séparé recevait les femmes qui venaient faire leurs couches. On reléguait enfin les vénériens à un bout et les fous à l'autre. Une bibliothèque dépendait de l'établissement ; elle était publique pour les médecins, les apothicaires et leurs élèves, ainsi que le jardin médicinal. En allant jusqu'au labyrinthe qui sur gisait à l'extrémité, les promeneurs avaient eu vue d'autres jardins et des maisons de plaisance, clairsemées près du couvent et de la maison de santé ; seulement il n'y avait encore à la hauteur de celle-ci que des marais bien cultivés entre la rue Popincourt et le Boulevard. Elle n'est pas demeurée au-delà de l'année 1693 à la disposition de Blégny, qui tombait de haut et bien bas. Des escroqueries avérées l'ayant fait dépouiller de ses charges et garder huit ans en prison au château d'Angers, il est mort septuagénaire à Avignon en 1722. En face ou presque en face de la rue Saint-Sébastien, une petite maison fut taillée pour le fils du maréchal de Richelieu dans l'ancien hôtel de santé. La niche de saint qu'on remarque au même endroit est d'une origine antérieure. Puisque les roués du XVIIIe siècle ne redoutaient pas trop l'indiscrétion à l'endroit de leurs galanteries, n'en citerons-nous pas une ou quelques-unes dont Pincourt ait été le théâtre ? Fronsac y fit une partie carrée, le 7 janvier 1763, avec le marquis de Conflans et deux filles de chez la Hecquet. Il donnait à souper, le 14 du même mois, au duc de Coigny, à son frère et à deux autres seigneurs, près, desquels figuraient trois filles, pensionnaires de la Deslongrais. Néanmoins, à la même époque, la liaison de Fronsac avec Sophie Arnould durait encore, et il aimait déjà la jeune Dubois, de la Comédie-Française, qui lui avait sacrifié ce que la plus belle fille du monde ne saurait donner plus d'une fois. Au mois d'octobre de la même année, la porte de la petite maison s'ouvrait plusieurs fois par semaine pour la présidente de Boulainvilliers. Le père de Fronsac, six ou sept ans
plus tard, avait pour sous-secrétaire Joseph-Jean-Baptiste Albouy,
fils, d'un négociant de Marseille. Ce jeune homme avait fait chez
les bratoriens de bonnes études, qui, ne lui avaient pas donné
le goût du commerce, et le maréchal l'employait à
mettre en ordre les documents destinés à la rédaction
de ses mémoires. Albouy ne vivait pas du produit de son travail
; il recevait une pension de sa famille, et, pour parfaire, il contractait
des dettes ; mais les bontés de Richelieu lui, permirent de s'ouvrir
une carrière dans laquelle, entraîné par la vocation,
il espérait mettre ordre à ses affaires. Ayant fréquenté
le théâtre et appris des rôles à loisir, il
loua d'abord en société et reçut des encouragements.
La maison de plaisance de Fronsac était devenue, à cette,
époque, une petite salle de spectacle, appelée la Comédie-Bourgeoise
de Popincourt, et ce théâtre avait pour sociétaires
des fils de famille, tels que les Comtes de Sabran, de Gouffier et de
Loménie, la jeune marquise de Folleville et sa soeur faisaient
partie de la troupe ; le public y était aussi de la meilleure compagnie.
Là débuta dans le rôle de Crispin, des Folies amoureuses,
Albouy, qui illustra ensuite sur la scène française le pseudonyme
de Dazincourt. Reconnaissons pareillement, au coin de la rue Saint-Sébastien quelque chose d'une propriété doit les trois corps de logis et le jardin ne mesuraient pas moins de 3 arpents. Ce bien fut vendu à l'abbé de Lamie par le marquis de Pange, qui en avait acquis un tiers de Caumont, médecin ordinaire du roi, en 1757, un tiers de Malderie, seigneur de Catreville, et le reste de Bézodis, marchand bonnetier. Une autre maison de la rue Popincourt, et ne
l'apercevons-nous pas à l'angle de la rue du Chemin-Vert ? fut
louée au comte de Fodoas, ancien capitaine de cavalerie, qui peut-être
y fit des folies, mais aux dépens de quelque riche douairière.
La vieille princesse de Nassau, de laquelle il était aimé,
dépensa 30,000 livres assez lestement avec lui. Létorière,
son prédécesseur, n'en avait coûté que 6,000.
Néanmoins Fodoas, médiocrement content de la princesse,
chercha à mener plus loin la comtesse de Schlinfelt, décorée
de l'ordre de Marie-Thérèse et qui n'avait guère
moins d'un demi-siècle. M. Fontaine était propriétaire
de la maison dont nous parlons, et les carmélites en avaient quatre
qui faisaient suite. |
|
|
|
|||||||||||
| :: HAUT DE PAGE :: ACCUEIL |
|
|||||||||||||