Rues et places de Paris
Cette rubrique vous livre les secrets de l'histoire des rues et places de Paris : comment elles ont évolué, comment elles sont devenues le siège d'activités particulières. Pour mieux connaître le passé des rues et places dont un grand nombre existe encore.
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RUE JOUBERT
IXe arrondissement de Paris

(Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)

Notice écrite en 1862.

Plus l'âge expose à des affronts la vieille coquette et le galantin sur le retour, plus ils se montrent jaloux des préférences qu'accorde souvent l'amour à la jeunesse. Mais les maisons d'un certain âge sont de si bonne composition qu'elles souffrent sans se plaindre de l'alignement nouveau qu'une façade prend près des leurs et qui est une menace à leur adresse.

On ne fait pas grâce d'une crevasse à ces maisons, du moment qu'on convoite leur emplacement ou leurs matériaux. Aucun ménagement n'est gardé par les ennemis que leur fait la spéculation. Sont-ce des hôtels ? On les trouve insolents. Des bicoques ? Elles répugnent à une grande ville ! Si la vie qu'on y mène parait irréprochable, quelle jeunesse orageuse ne dissimule pas cette bonhomie caduque ! Parfois on évoque des souvenirs dont elles rougissent sous leur badigeon ; en présence d'un square ou d'un boulevard moderne, mais dont elles riraient entre vieilles connaissances. Toute maison qui a vécu est indulgente, elle ne dore que le premier étage, elle en console la mansarde ; les espérances qui ont séché ses plâtres ne l'abandonnent qu'au dernier coup de pioche : C'est pourquoi vous voyez errer inévitablement aux alentours, quand elle a disparu, ceux de ses anciens habitants qui lui survivent : on la cherche, on voudrait la revoir, on la regrette comme un ami discret !

Une vingtaine de maisons, parmi celles de la rue Joubert, ont vu le jour avant 89, mais malgré le peu de pruderie que leur donne l'expérience de la fin du XVIII siècle, elles ont été les premières à se plaindre d'une des maisons neuves qui sont nées sur l'ancien jardin de la princesse de Wagram. Cette maison, qui a jeté de bonne heure son bonnet par-dessus les moulins, ne paraissait pas, à sa place dans une rue de bonne compagnie. Le voisinage, à l'unanimité, d'en demander la fermeture : Les gens s'écriait-on principalement, qui toute la nuit y viennent en voiture, pourquoi n'iraient-ils pas plus loin ? Mais la maison Farcy, c'était alors son nom, comptait sur des protections, qui l'ont emporté, en effet, sur les scrupules du voisinage. Les établissements de ce genre devaient se contenter autrefois de locaux beaucoup moins en vue, que la spéculation ne disposait pas exprès pour la spécialité. Ayant cédé son fonds, Farcy est devenue commanditaire d'un agent de change, dont les affaires ont moins bien tourné.

Un hôtel au n° 3 est tenu par Mme Compagnon, ancienne mercière qui a passé 50 années de sa vie, sur 73 dans la rue dont nous vous parlons. Elle y a connu des personnages marquants du Consulat, et de l'Empire : Caulincourt, duc de Vicence, au n° 39 ; Lefebvre, duc de Dantzick au n° 9 ; le général Digeon, au n°17, le général Vatrin au n° 33.

Nous ne passons jamais devant, le n° 15 sans nous rappeler de charmants mercredis. Les salons de Mme Ancelot étaient ouverts, dans ce petit hôtel, à la littérature et à la diplomatie, sous le règne de Louis-Philippe. Tout ce qu'on y a eu d'esprit ne tiendrait pas en un gros livre. Ançelot l'académicien, fut par malheur directeur du Vaudeville et y écorna sa fortune ; mais les procès qu'entraînent de telles affaires l'ayant mis en rapport avec Me Lachaud, cet avocat déjà connu épousa Mlle Ancelot.

Le prince d'Arenberg a fait construire le 25 et le 27 ; de la même origine paraît être le 23. Mme Pelliprat demeurait au 35, pendant le Consulat, et le duc de Choiseul, dans la maison suivante, vers 1830 ; il y avait alors au fond de ces deux hôtels, comme au fond de l'hôtel Caulincourt, de petits jardins suspendus au-dessus des remises.

Le général Joubert, gouverneur de Paris sous le Directoire, a sans doute habité la rue. Toutefois, le Moniteur du 27 brumaire an VIII se borne à dire : « La rue Neuve-des-Capucins, où demeurent la veuve et la famille du général Joubert ; a pris ce nom. » Le général était mort à Novi, dans sa 30me année. Sa veuve, née Mme de Montholon, demeurait en haut de la rue, du côté des chiffres impairs, au dire de Mme Compagnon.

L'ouverture de la rue Neuve-des-Capucins avait été ordonnée par le roi, le 8 juin 1780, sur des terrains à M. de Sainte-Croix et à l'Hôtel-Dieu, en face du couvent des capucins de la Chaussée d'Antin, actuellement lycée Bonaparte. Les maisons à bâtir avaient été exemptées de diverses charges, telles que le logement des gardes-françaises et suisses, jusqu'à la première vente. Rouillé d'Orfeuil, intendant de Châlons, n'avait pas tardé à établir ses bureau dans la nouvelle rue. L'architecte Bellanger y avait bâti en même temps les n°20, 22 et 24. Cette propriété, qu'habita Bellanger, servit aussi de pied-à-terre galant au comte d'Artois et même au financier M. de. Saint-James. On en fit une prison sous la Terreur, principalement pour des Anglais que Robespierre y retint. Il paraîtrait que M. de Choiseul y fut aussi incarcéré. Un peu plus tôt ou plus tard, le citoyen Fauchard résidait là.


 

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