|
|
|
|
|
|||||||||||
RUE VICTOR-COUSIN (DE CLUNI) (Histoire de Paris
rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)
Notice écrite en 1860. La rue n'avait pas encore répudié la mémoire du collège de la congrégation de Cluni pour convoler, sur la carte des rues, en seconde noces avec un maître que l'éclectisme philosophique la politique libérale, la littérature et l'Université venaient de perdre. Précédemment rue de Cluny. Une partie a porté le nom de passage Cluny au XIIe siècle ; Guillot, en 1300, la nomme rue à l'Abbé de Cligny. Le percement de l'autre partie, achevé en 1849, avait été prévu par une déc. min. du 24 frimaire an XIII. Origine du nom : Victor Cousin (1792-1867), historien et philosophe français ; voisinage de la Sorbonne. La Maison des grands Hommes. — Les Écoliers de Cluni. L'hôtel de Saint-Quentin occupait le n° 5 ; sa porte était rue des Cordiers, où la remplace de nos jours la boutique d'une marchande à la toilette. Des pierres en saillie, qui n'en ont plus d'autres à attendre prouvent qu'une voûte a couvert l'extrémité de la rue de Cluni, du côté de celle des Grés (Cujas). Au surplus, l'édifice est « haut, et ne dirait-on pas que tout y parle ? Un escalier à balustres de bois le mesure perpendiculairement ; des fenêtres à coulisses, prenant jour sur différentes faces du bâtiment, le croisent d'étage en étage, mais avec moins de symétrie que dans les constructions modernes qui ne disent rien. Au quatrième, gémit une porte en chêne lorsqu'elle met à découvert un pas usé, seuil d'une chambre mémorable, dans laquelle Jean-Jacques Rousseau reçut d'abord Thérèse Levasseur. C'est même la maison de plusieurs grands hommes en ce qu'y habitèrent le philosophe Condillac et son frère Mably, qui écrivait aussi. De notre temps encore, le poète Hégésippe Moreau a passé dans le même garni de longues nuits, puis le critique Gustave Planche, dont ce fut le dernier domicile. Sur la même ligne sont le 1 et le 3 ; l'une de ces vieilles bâtisses se tient parfaitement droite encore, sur un rez-de-chaussée que l'abaissement du terrain a déchaussé pourtant jusqu'au sous-sol ; l'autre s'affaisse, comme un soldat obèse, n'ayant plus que ses pieds qui gardent l'alignement. Toutes les deux, comme la précitée, datent, il n'en faut pas douter, de l'ouverture de la rue, qui eut lieu dans le XIIIe siècle. On y remarque fort peu une boutique : où Robert donnait à manger, du temps de Mably et de Condillac ; à raison de 12 et 16 sols, et qui traite encore au même prix, mais avec un menu réduit. En 1714, cette voie de communication, qui finissait à l'arcade, fournissait à la population de la ville un contingent de 5 maisonnées, qui retrouvaient le soir leurs portes à la lueur de 2 lanternes. Son prolongement jusqu'à la rue Soufflot ne remonte qu'à l'année 1849 ; mais le projet en fut conçu l'an XIII et l'ordre de l'exécuter se donna dès 1826. Sur la ligne opposée à celle où nous avons trouvé trois vieilles maisons, nous cherchons les deux autres. Mais ce côté a subi un reculement notable, la seconde année du règne de Louis Philippe. Il s'y élève des façades encore neuves. Quoi de commun, en apparence, entre l'hôtel-garni que peuplent des étudiants, n° 6, et l'ancien hôtel de Saint-Quentin ? Franchissez néanmoins la porte et vous reconnaîtrez sans peine que le bâtiment du fond n'est pas nouveau. Autrefois il faisait partie d'une propriété qui non seulement partait de la place Sorbonne pour aller jusqu'à la rue des Grés, en longeant toute celle de Cluni, mais encore s'étendait, grâce à l'ancienne arcade, sur la rue des Cordiers. La Maison qu'habita Jean-Tapyues en avait été originairement et le collège de Cluni avait occupé le tout. Il en reste la chapelle, dont le fronton surmonté d'une crête sculptée, dépasse à peine la toiture du N°7 de la place ; mais cet ornement révélateur n'est visible, pour le passant, que du haut des marchés de l'église de la Sorbonne. Un grand libraire, M. Hachette, a pour magasin de livres cette chapelle abandonnée, qui a servi d'atelier au peintre David de 1806 à 1815 ; elle est masquée sous toutes ses faces et abordable uniquement par la cour d’une autre maison neuve, le 21 de la rue des Grés. Plusieurs abbés, prieurs et docteurs en théologie de la congrégation de Cluni reçurent, la sépulture dans les caveaux de la petite église, à son tour ensevelie dans l'Ombre. Ce sous-sol, mis à découvert par la décroissance du niveau, donne accès, sous d'épais arceaux, aux portefaix de la maison Hachette, qui, chaque jour, font un vide et en remplissent un autre, dans les rayons de cette bibliothèque de volumes en feuilles et brochés, profond tonneau des Danaïdes qui s'épanche sur le monde entier ! Le collège de Cluni regardait comme ses fondateurs Yves de Vergy, abbé de Cluni sous le règne de saint Louis, Yves de Chasant, son neveu et successeur, puis Henri de Fautières, abbé au commencement du XIVe siècle. Ce séminaire de l'ordre avait été créé en 1269 dans l'hôtel des évêques d'Auxerre, qui attendit à la porte Saint-Michel. La plupart des chroniqueurs disent que tous les prieurs et doyens subordonnés à l'abbaye de Cluni étaient obligés d'entretenir un ou deux boursiers dans ce collège. Quel énorme contingent d'élèves, si de pareils cadres avaient été remplis ! La congrégation comptait encore, dix-sept années avant sa suppression, 2,000 maisons en Europe et conférait en France plus de 600 bénéfices. Elle suivait la règle de saint Benoit, et le chef d'ordre, cette abbaye de Cluni dont le supérieur portait le titre d'archi-abbé, remontait à l'an 910. Le collège était exclusivement destiné à l'étude de la philosophie et de la théologie. Quant au nombre des élèves, il ne s'élevait plus en 1779 qu'à 6, régentés par un prieur, au lieu de 28, nombre réglementaire à cette époque. Il y en avait eu bien davantage ; mais il n'avait pas fallu de place que pour eux. L'archi-abbé résidait parfois au collège, lorsqu'il faisait un séjour à Paris, avant que Pierre de Chalus eût acquis une portion de l'ancien palais des Thermes, pour la convertir en hôtel de Cluni. Nonobstant l'abbé de Cluni avait en
ville, ou dans le faubourg Saint-Germain, un autre hôtel antérieurement. |
|
|
|
|||||||||||
| :: HAUT DE PAGE :: ACCUEIL |
|
|||||||||||||