Rues et places de Paris
Cette rubrique vous livre les secrets de l'histoire des rues et places de Paris : comment elles ont évolué, comment elles sont devenues le siège d'activités particulières. Pour mieux connaître le passé des rues et places dont un grand nombre existe encore.
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RUE CLOVIS
Ve arrondissement de Paris

(Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)

Notice écrite en 1858. La rue Clovis est une voie à double sens reliant la place du Panthéon et la rue du Cardinal-Lemoine. Elle fait partie de l'ensemble du quartier latin, traversée en son milieu par la rue Descartes, dans le 5e arrondissement de la ville de Paris, en France. Cette rue sert surtout de lieu de passage et compte très peu de commerce et d'activité, contrairement à ses voisines rue Mouffetard, Cardinal-Lemoine et Descartes. Sa particularité principale consiste à abriter proche de la rue du Cardinal-Lemoine un reste du mur d'enceinte de Paris de Phillipe Auguste. Sur cette rue, au numéro 23, se situe le célèbre et prestigieux établissement français d'enseignement secondaire et supérieur, le lycée Henri-IV, un des fleurons de l'éducation nationale.

Le Lycée. — L'Abbaye. — La Patronne de Paris. — La Bibliothèque. — Saint-Étienne-du-Mont. — L'ancienne Chancellerie. — L'Enceinte de Philippe-Auguste. — Les Collèges de Navarre et de Boncourt.

N'attribuons pas aux rois mérovingiens l'ouverture de la rue Clovis ; elle ne fut percée qu'en l'an XIII de la République, entre les rues Clotilde et Descartes, sur le territoire conventuel des ci-devant abbé et religieux de Sainte-Geneviève, et prolongée jusqu'à la rue des Fossés-Saint-Victor (rue Cardinal-Lemoine) qu'en 1809. L'église de ce monastère, fondé par Clovis et la reine Clotilde, venait d'être démolie, à l'exception de la tour carrée qu'eu a gardé le lycée Napoléon, autrement dit le collège Henri IV, ouvert depuis l'année 1802. La tour doit avoir fait partie de l'église incendiée en 857 par les Danois ; la crypte, qu'illustraient les miracles opérés au tombeau de sainte Geneviève, patronne de Paris, préexistait également à la reconstruction de 1175. La châsse de la sainte, palladium historique de notre ville, fut publiquement détruite en 1793 : Mais n'est-ce pas comme un dernier miracle qui sauvait encore la bibliothèque des religieux. Elle a reçu ses lecteurs sous le dôme dont la coupole était peinte par Restout, jusqu'à sa translation sous Napoléon III dans le monument élevé à la place de l'ancien collège Montaigu.

La congrégation dont l'abbaye génovéfaine était le chef-lieu, depuis l'introduction de la règle de saint Augustin, comptait 109 maisons en France et y nommait à 500 cures. La censive de l'abbé embrassait sous Louis XIV, presque tout le faubourg Saint-Marcel et s'étendait, de plus, en 54 rues de 1a ville.

Les chanoines de Sainte-Geneviève avaient bâti, dans leur enclos également et à la place d'une chapelle, que l'enceinte de Philipe-Auguste avait fait entrer dans Paris, Saint-Etienne-du-Mont, dont le jubé est une merveille. Cette église paroissiale se présente de profil, en regard du lycée, avec son presbytère. En l'an 1506, frère Etienne Contesse, génovéfain et curé de Saint-Etienne-du-Mont, avait obtenu de l'abbaye, après maintes difficultés, que la maison où se tenait la chancellerie du chapitre devînt ledit presbytère, restauré au XVIIe siècle. Jusqu'à la Révolution le curé de cette église voisine était toujours l'un des chanoines de Sainte-Geneviève. Aucune maison particulière ne participe au droit d'aînesse rue Saint-Etienne-du-Mont et ce qui de l'abbaye resté au lycée ont sur une voie publique qui a été tracée, comme pour les séparer, aussitôt que l'Université eut divorcé avec l'Eglise. Cette rue appelée à dominer Paris, sur les ruines d'un royal monastère, ne se taillait pas dans le vide, elle ne pouvait manquer d'être monumentale. Honneur au fondateur d'une dynastie nouvelle qui, au lieu de lui infliger un nom tiré du Panthéon moderne, l'a fait monter sur le pavois du conquérant, père de la monarchie française !

Faute d'anciens logis humains, nous découvrons le long de la rue Clovis, à travers des bocages plus élevés que la chaussée, des nids d'hirondelles que le granit où ils s'attachent rend presque historiques. Chaque année en renouvelle uniquement la mousse, dans les fissures d'un pan de mur, large environ d'un mètre et demi et qui nous reste de la clôture de Philippe-Auguste. Ce tronçon d'enceinte vu de profil, qu'éclaire la nuit un bec de gaz, indique l'ancien niveau du sol ; mais, on n'y retrouve plus les créneaux qui couronnaient d'abord le large mur. Longtemps il ne servait plus de limite qu'aux collèges de Boncourt et de Navarre, qui ont fini par n'en former qu'un seul.

Une Histoire de Paris, publiée en 1781 par Poncelin, avocat au parlement, fut ornée de gravures par Martinet ; nous y revoyons de ce collège royal de Nâvarre la belle entrée, que décoraient des statues et d'autres sculptures ; la grande cour est également reproduite, puis le jardin du principal, enfin l'un des dortoirs de la maison, qu'une ingénieuse disposition avait faits les modèles du genre. Des bâtiments et la chapelle de cet établissement célèbre subsistent encore de nos jours, comme pour excuser Martinet de n'en avoir pas donné le dessin. Fondé en 1304 par Jeanne de Navarre, reine de France, au profit de 70 boursiers, ce collège de plein exercice a compté pour élèves : Henri III, Henri IV, le duc de Guise, le cardinal Louis de Bourbon, le prince Eugène de Savoie ; on disait que le roi de France en était le premier boursier, de fondation, et que les revenus de sa bourse s'employaient à acheter des verges pour entretenir la discipline. Les archives de la Nation de France, ancienne division de la Faculté des Arts, étaient confiées aux écoliers de Navarre, avant que l'université de Paris les transférât à Louis-le-Grand. Réunie à celle de Boncourt, la maison n'a été fermée que par la grande révolution. Un décret de Napoléon, daté de Saint-Cloud le 9 germinal an XIII, a transféré l'école Polytechnique dans les ci-devant collèges de Navarre et de Boncourt.


 

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