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RUE DE CLICHY (Histoire de Paris
rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)
Notice écrite en 1858. La rue de Clichy ne se tient plus qu'a cloche-pied dans la rue Saint-Lazare, depuis que l'église et le square de la Trinité avec une sorte de grande place, en ont absorbé tout le bas du côté droit. Elle finissait a la barrière Clichy au lieu de laquelle une place du même nom a pour centre un monument, érigé en 1869 et commémoratif de la défense de Paris par le maréchal Moncey. De nos jours, elle est située au débouché des rues de Londres, de Clichy, Morlot, de Cheverus, Blanche, Saint-Lazare (tronçon compris entre ladite place et la rue Notre-Dame de Lorette) et limitée au sud par les rues Saint-lazare et de Châteaudun. Cette place, a englobé en 1944 une partie des rues de Clichy et Blanche, voies indiquées sur le plan de Jouvin de Rochefort (1672). La rue de Clichy était précédemment rue du Coq et plus anciennement chemin de Clichy. La rue Blanche était un ancien chemin conduisant aux carrières de Montmartre. Origine du nom : Le comte Honoré Henri Louis d'Estienne d'Orves (Verrière-le-Buisson, 1901-mont Valérien, 1941), officier de Marine français ; pionnier de la Résistance, fusillé au mont Valérien le 29 août 1941. Le Coin de Verdure. — La Robe en Gage. — Le Misanthrope. — M. Boutin. — Tivoli 1er M. Daugny. — Le Duc de Gramont. — Mlle Coupé. — M. de la Bouxière. — Tivoli II. Elle fut d'abord chemin de Clichy ; en raison du village dont elle prenait la direction ; puis rue du Coq, à cause du château du Coq et des Petits-Porcherons, devant lequel elle partait de notre rue Saint-Lazare. Chaque printemps, il n'y a pas longtemps, chargeait encore trois acacias, de grappes blanches et parfumées, au coin de la rue, sur la droite à l'ombre de ces arbres se dressait une étagère de melons à vendre, pendant les chaleurs de l'été et, aussitôt que les rameaux épineux n'avaient plus même de feuilles, un Auvergnat faisait rougir sa poêle, au pied des acacias ; pour y griller le fruit du marronnier. Derrière cette sorte de tonnelle, qu'a renversée le vent du progrès sous la dernière république, un comptoir en étain étalait déjà ses gobelets, et un homme en tablier brun, pourvu d'un sac à la malice comme celui des escamoteurs débitait aux buveurs n'ayant pas d'autre cave que celle du coin des rues, le vin d'un cru qui n'aura jamais de nom, mais à un prix plus élevé que l'ordinaire des meilleures tables. Du paysage rétrospectif que notre plume vient d'esquisser, arbres et fleurs ont disparu ; il ne reste plus que la fabrique, diminutif d'un ancien cabaret de la Grande-Pinte ou de la Petite-Pologne, qui était plus en regard de la chaussée de la Grande-Pinte ou d'Antin. A côté du comptoir d'étain, depuis un temps immémorial, se tapit, au n° 4, un petit garni, le refuge des bonnes sans place qui, au lieu de chercher de nouvelles conditions, prennent souvent le parti d'en faire. Une jeune femme y vécut, au commencement du règne de Louis-Philippe, dans un état de dénuement que son amour pour un tout jeune homme rendait alors intéressant ; ayant laissé en gage sa dernière robe chez le costumier du Prado, elle garda trois mois la chambre ; le peu d'argent que l'amant se procurait était remis tous les soirs au marchand de marrons d'en bas, qui faisait quelques provisions, mais si peu que la pauvre fille en devenait maigre pour sa vie, et le loyer courait toujours : la robe de cette Mimi-Pinson ne fut dégagée qu'après Pâques. Que les temps sont changés ! elle roule maintenant voiture ; ses amples robes font un frou-frou du diable. Faut-il vous dire enfin son nom ? La chanson des Reines de Mabille le fait rimer avec Clara : par malheur, la rime n'est pas riche. L'autre encoignure est une maison Guillaume, bâtie vers la fin du XVIIe siècle. Un peu au-dessus du petit garni, une grande masure avec des dépendances avait l'air d'être inhabitée ; les murailles s'en lézardaient. , ses persiennes se mangeaient aux vers, malgré le rideau extérieur des toiles d'araignée qui y pendaient en loques, et le toit pliait. Le décès du propriétaire s'y déclara pourtant en 1844, et il avait passé là une quarantaine d'années avec sa bonne. C'était un misanthrope, qui ne souffrait ni qu'on fit une réparation an bâtiment ni qu'on échenillât le jardin. Reçu avocat dans sa jeunesse, il avait pris le monde en dégoût à la suite du refus d'une demoiselle dont il avait demandé la main. Un des fondateurs de la compagnie du canal de l'Ourcq, M. Hainguerlot, a laissé à sa fille, Mlle de Vatry, un hôtel qu'occupait la légation d'Espagne il y a douze ans ; mais qui fut édifié au siècle dernier pour le financier Bouin, trésorier général de la marine. En ce temps-là on appelait des Folies les plus grandes maisons de campagne qui se créaient dans les faubourgs ; mais Boutin eut sur Méricourt, Regnault et Rambouillet cet avantage qu'on se contenta longtemps de dire Boutin le jardin qu'il fut le premier à qualifier, en mémoire de celui d'Horace, Tivoli. Merveille, en effet, que ce jardin ! il était dessiné surtout dans le genre anglais, une innovation pour la France ; mais il avait tant d'étendue qu'on avait pu y faire la part de la manière de Lenôtre. Outre ses arbres, ses espaliers, ses fleurs et ses pièces d'eau, on vantait du riche financier la collection de minéralogie, le cabinet d'histoire naturelle et les serres pleines de raretés. Cet hôtel, qu'embellit encore une spacieuse cour ombragée, n'était alors qu'un pavillon d'honneur, avec son escalier grandiose ; le domaine avait, rue de Clichy, une entrée principale, c'est vrai, mais à l'usage du jardin, qu'on demandait souvent à visiter. De plus grande importance était l'hôtel de la rue Saint-Lazare élevé sur la lisière du jardin Boutin en 1788, comme nous l'avons dit dans la monographie de cette rue (ledit hôtel de la rue Saint-Lazare s'est reconstruit récemment pour les bu,eaux du chemin de fer de Lyon. Ceux de la compagnie d'Orléans occupent largement la place de l'hôtel de la rue de Clichy). Combien d'autres rues devaient sortir de ce Tivoli, premier du nom ! Des fêtes brillantes y eurent lieu sous le Directoire, époque altérée de plaisirs ; les incroyables mirent donc à la mode ce Tivoli où l'on dansait, sans préjudice pour divers autres jeux, pendant toute la belle saison. C'était pourtant le temps où les Clichiens, dont les réunions politiques se suivaient de près dans ce lieu de plaisir, furent déportés à la Guyane. Tivoli durant le Consulat, resta quand même de bonne compagnie ; sa décadence ne commença qu'aux dernières années de l'Empire. Napoléon y donna un banquet à la garde impériale. Sous la Restauration, les fêtes avaient pris de telles allures que s'en abstenir devint du meilleur ton. Aussi bien le premier Tivoli, sous le règne de Charles X, fut transformé en un quartier nouveau par Mignon et Inguermann. Chaussart avait dessiné pour M. de Meulan, receveur général des finances, une maison que Germain, Brie disait située un peu plus bas que le jardin Boutin, en notre rue ; une manière d'almanach la mettait, au contraire, un peu plus haut en 1787, et c'est à-peu-près l'endroit où Lemaire voyait en 1813 un hôtel Gramont. M. de Meulan eut un fils receveur de la généralité de Paris et pour petite-fille Mine Guizot. Presque en face avait son hôtel M. Daugny, le Richier ou le Domange de son temps. Le fermier-général son père avait épousé la Liancourt, petite chanteuse, qui était la fille naturelle d'une autre actrice de l'Opéra, nommée Duval, surnommée Bout-saigneux et la Constitution. Le duc de Gramont ne doit pas avoir eu moins de deux hôtels en cette rue : l'un a pu être antérieurement à tel ou tel des propriétaires précités et l'autre postérieurement à Mlle Coupé, de l'Opéra. Le terrain de la rue de Berlin lui appartenait sans nul doute du côté de celle Clichy. Mlle Coupé eut elle-même deux hôtels di primo cartetlo, qui s'embrassaient. Elle cacha dans l'un des deux, à une époque où les jeux et les ris ne prolongeaient aucune jeunesse, Vergniaud, Roger-Ducos et Fonfrède : Robespierre mettant déjà les girondins au ban de la République, comme fédéralistes. La villa du haut, près la barrière, n'était à Mlle Coupé qu'en jouissance viagère ; Robert Jaunel, intendant général des postes, avait donné 80,000 livres pour l'y mettre, en réservant la nue-propriété aux enfants de Mlle de Lumigny, amie qui vivait avec elle. Une pension de l'Université, dirigée par, M : Barthélemy, puis par M. Rouit, a occupé en grande partie ledit hôtel, il en subsiste un pavillon, 88 rue d'Amsterdam habilement refait par M. Pigeory pour Mme de Nujac ; élégante femme du demi-monde qui ne manque pas une course de Chantilly. L'abbaye de Montmartre avait directement vendu à la charmante usufruitière un arpent de terrain, sans que nous puissions dire sur quel point. Une maîtresse de pension exploite un peu plus bas, au n° 57, la seconde maison de Mlle Coupé. C'était vraisemblablement une des libéralités de M. de Gramont, à qui revenait cher l'amour de sa voisine. Il lui donnait 100. 000 livres par enfant, elle ne fut pas moins de six fois mère. L'architecte Harris, son dernier-né, périt en 1848, victime de la guerre civile, à la tête d'une légion de la garde nationale, dont il était le colonel. Mais doit-on voir en cette actrice, à laquelle les Biographies n'ont pas consacré d'article que nous sachions, une chanteuse ou une danseuse ? Deux quatrains,ont couru en 1752 qui lui reconnaissaient un talent, dont ils vont nous donner l'écho : L'un disait : Quand vous, chantez, belle Coupée Et voici l'autre quatrain : Coupé, mille amours sur vos traces
viennent entendre vos chansons ; Une actrice récitante et chantante de ce nom avait pris sa retraite en 1750, avec une pension de 1000 livres, qui s'est élevée dans les bonnes années à 1300, et qu'elle touchait encore en 1766. Si elle ne reparut pas sur la scène après l'avoir quittée, c'est qu'elle avait laissé une fille ou une soeur cadette dans le même emploi. Impossible en tout cas que les Coupé fussent moins de deux, les ballets ayant eu la leur pendant plusieurs années où le personnel du chant avait aussi la sienne. Le Journal de Barbier, dès le mois d'août 1742, parlait d'une petite Coupé, comme s'il y en avait une plus grande : « La petite Coupé, disait-il, s'est entêtée d'un greluchon étranger. Le milord Strafford, qui a été averti qu'elle voulait s'enfuir avec lui, a fait tapage. Tout est raccommodé. " Mlle Coupé représentait l'Amour dans les Fêtes de l'Hymen et de l'Amour, le l 5 mars 1747. La danseuse appartenait encore à l'Opéra en 1759 ; mais l'année suivante elle était déjà riche, d'après une chronique inédite, et elle passait la nuit du jeudi 13 novembre avec le comte de la Mache, prince du sang, qui n'en avait pas moins plusieurs maîtresses et notamment la Dlle Coraline, ancienne actrice de la Comédie Italienne. Cette nouvelle à la main nous paraît concernée la belle de nuit qui fut ensuite celle du duc de Gramont. M. de la Bouxière fermier généra,
aivaient en regard des propriétés ; Gramont et Coupé
un parc de 20 arpents, avec un pavillon du dessin de Carpentier. C'était
un édifice à la romaine, d'ordonnance ionique, à
pilastres et couronné d’une balustrade. Tivoline quitta l'ancien
jardin Boutin que pour l'ancien parc la Bouxière, et ce lieu de
plaisance publique devint à la mode. Par malheur la prison pour
dettes, dite « Clichy » diminuait et assombrissait le jardin
; avant que Tivoli disparût de nouveau sous la crue de maisons et
de rues qui l'avait déjà submergé plus bas. Cette
phase de l'inondation ne laissait surnager du second jardin publique de
la rue de Clichy que des îlots de verdure, entièrement entourés
de murs et le pavillon La Bouxière, affilié à la
rue Moncey ! |
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