Rues et places de Paris
Cette rubrique vous livre les secrets de l'histoire des rues et places de Paris : comment elles ont évolué, comment elles sont devenues le siège d'activités particulières. Pour mieux connaître le passé des rues et places dont un grand nombre existe encore.
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RUE SOLY
IIe arrondissement de Paris

(Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)

Notice écrite en 1861. La rue Soly était entre les rues de la Jussienne et des vieux Augustins.

Les venelles deviennent des Curiosités, mais il faut être Parisien pour s'y engager d'un pas ferme ; l'étranger craindrait de s'y perdre, la femme honnête d'y être rencontrée. On y sourit trop au passant d'une fenêtre ou d'une allée, pour la moralité publique ; mais il faut passer quelque chose à des coupe-gorges qui en ont fait bien d'autres : Où se trouver mieux à l'abri des accidents et des ennuis qui sont occasionnés ailleurs par une trop grande circulation ? Les petites rues supportent l'abandon avec philosophie et bonne humeur ; l'enfant y joue et la grisette y chante ; l'aveugle y chemine sans bâton. Si le ruisseau dont elles se contentent se cachait lui-même sous un trottoir, les fentes du pavé permettraient-elles encore de marcher un peu sur la terre ? La sagesse de ces ruelles se réfugie dans le travail quotidien, le chômage y est dangereux et le vice une misère de plus.

Balzac a placé rue Soly une scène de roman, qui se passe de son temps : une femme du monde s'y trouve compromise, rien que pour avoir été vue un matin dans cette ruelle, moins dépeuplée alors d'un genre de femmes qui n'y affiche plus aujourd'hui qu'une maison.

La comtesse d'Herselles, au siècle précédent, bravait sans doute le préjugé qui l'aurait empêchée de faire connaissance avec une propriété qui lui appartenait : le n° 8 de la rue. Une église, la Sainte-Chapelle, était propriétaire du 10 ; M. Dionis, du 6 ; le comte de Luges, du 4. La plupart des numéros impairs étaient en la possession de M. de la Poterie.

Parmi les prédécesseurs de ce dernier avaient figuré non seulement Bertrand Soly, propriétaire aussi rue des Vieux-Augustins, mais encore Antoine Soly, un échevin du temps de Henri II, parrain de la petite rue. Le plus gras des Seize de la Ligue était un Soly ; marchand établi près des Saints-Innocents, qui paraissait trop large des épaules pour la rue dédiée à sa famille. Au mois de mars 1689 il fut envoyé avec le conseiller Machault chez Molan, trésorier de l'Epargne, rue des Prouvaires, pour y saisir 360,000 écus d'or. Michel Soly, l'un de ses descendants, était libraire à Paris : il avait pour marque de ses livres un Phénix.


 

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