Rues et places de Paris
Cette rubrique vous livre les secrets de l'histoire des rues et places de Paris : comment elles ont évolué, comment elles sont devenues le siège d'activités particulières. Pour mieux connaître le passé des rues et places dont un grand nombre existe encore.
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RUE DU CHERCHE-MIDI
VIe, XVe arrondissements de Paris

(Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)

Notice écrite en 1858. Les flancs de la rue du Cherche-Midi ne s'étaient encore prêtés ni à l'élargissement du carrefour de la Croix-Rouge, ni au prolongement de la rue Sainte-Placide et de la rue des Missions (naguère Saint-Maur), ni à la formation de la rue Béritte. Voie mentionnée aussi dans d'anciens textes sous le nom de Chasse Midi. Précédemment, rue du Cherche-Midi, entre les rues du Vieux Colombier et du Regard ; rue de la Vieille Tuilerie, entre les rues du Regard et Saint-Romain ; rue du Petit Vaugirard, entre les rues Saint-romain et de Vaugirard. La rue du Cherche-Midi était en 1388, chemin de Vaugirard ; en 1447, chemin de la Croix de Vaugirard ; en 1510, chemin de la Tuilerie ; en 1529, chemin de la Vieille Tuilerie ou chemin de la Pointe ; en 1595, rue des Vieilles Tuileries, autrement dite de Cherche-Midi ; en 1628, rue Chasse-Midy dite du Petit Vaugirard. L'ancienne rue de la Vieille Tuilerie était appelée chemin de la Tuilerie au début du XVIe siècle, plus tard chemin de la Vieille Tuilerie ou chemin de la Pointe et rue des Vieilles Tuileries autrement dit de Cherche Midy. L'ancienne rue du Petit Vaugirard était appelée chemin de Vaugirard au début du XVe siècle ; plus tard, chemin de la Croix de Vaugirard. Origine du nom : dénomination tirée vraisemblablement d'une enseigne représentant un cadran solaire.

Les Prémontrés. – Un bâtiment élevé sans retraite sur la rue et en très bon état encore, que décorent sobrement quelques festons de pierre et dont un chantier de bois à brûler occupe la cour, est numéroté 4. Voyons-y l'ancien couvent des prémontrés de Sainte-Aime, dits aussi de la Croix-Rouge et les prémontrés réformés, établis l'année même où mourut Mazarin et patronnés par la reine Anne. Au temps de la campagne d'Égypte, la marquise de Saint-Simon habitait le premier étage de cette maison. Au-dessous d'elle demeurait Blangini, avec sa femme et six enfants, petits prodiges ; cette famille donnait des concerts. La marquise produisit dans le monde l'artiste, jusque-là peu connu, dont elle commençait la fortune, car il ne tarda pas à devenir fort à la mode. La princesse Pauline Borghèse, soeur de Napoléon Ier, à laquelle Blangini dédia une ou plusieurs de ses compositions, daigna faire souvent pour lui, tout éveillé, le sacrifice consommé une seule fois par Marguerite d'Écosse, femme de Louis XI, en faveur d'un poète qui dormait, Alain Chartier.

N°5 : – construction à porte cintrée, de l'époque où elle ne pouvait manquer d'enseigne, payant maintenant ses termes de loyers à M. Labric, médecin de l'hospice des Petits-Ménages. C'est l'Image-Saint-Nicolas quand Toussine Marigny la cède à Jean Marie, en l'année 1694 ; puis un boucher y fait étal, après quoi elle est occupée par Bullion, marquis de Gallardon, conseiller du roi, garde à la prévôté ; Claude Le Roy, écuyer, en fait l'acquisition et la revend en 1726, avec deux maisons donnant aussi en face des Prémontrés, moyennant 200,000 livres, à Peyrenc de Moras, conseiller du roi, maître des requêtes de son hôtel. La première est occupée, douze ans après, par le marquis de Parabère ; la seconde et la troisième par M. de Monthulé, conseiller au parlement, et alors elles touchent d'une part à l'encoignure de la rue du Vieux-Colombier, où est établi le maître maréchal Élie, d'autre part à une maison au baron de Montmorency.

M. de Monthulé. – Il paraît avoir acquis les deux siennes, des légataires ou héritiers de la comtesse de Vérue, lesquels n'étaient guères qu'un membre de la famille Mailly et un de la famille Bournonville, tous les autres, c'est-à-dire le prince d'Albert de Grimberghen, la duchesse de Duras, le duc de Chaulnes, la marquise de Gouffier, la marquise de Foissac et la comtesse de Sassenage ayant renoncé à la succession de leur dite tante ou soeur.

Les Ratabon. – Mme de Vérue a donné elle-même, en 1719, de trois maisons tournant le dos à un couvent de la rue Cassette, 137,250 livres à l'évêque et comte de Viviers et à la comtesse de Créey, héritiers de leur neveu, Martin Ratabon, dont le père y avait fait bâtir. Mais ce n'était pas un triolet, c'était une demi-douzaine de maisons ou de places pour en édifier, aboutissant par-derrière au Saint-Sacrement, que Ratabon d'Herval, maître-d'hôtel du roi, avait cédées en 1686 à Louis de Ratabon, ambassadeur en Italie. Mme d'Herval, soeur de M. de Bretonvilliers, était belle, sage et aumônière ; elle n'a fermé les yeux que sous la Régence, dans un établissement religieux. Louis de Ratabon a vendu en 1692 et 1693 à la duchesse douairière de Mecklembourg, veuve de Louis Chétien, duc souverain, deux de ces propriétés à jardins.

N° 9 : – anciennes écuries d'un hôtel de Montmorency, que nous reconnaîtrons un peu plus haut. Un M entrelacé figure aux grilles des croisées ; mais il est possible que ce chiffre se rapporté à une famille du Maine, celle du marquis de Montecler, qui a joui de cette résidence. Le présent détenteur, qui d'ailleurs n'habite pas Paris, s'appelle M. Maillé-Saint-Prix ; le hasard fait donc que la lettre majuscule en fer battu se trouve encore une initiale de circonstance. La maison ou le terrain n'en a pas moins appartenu à un ou à plusieurs des Ratabon.

Les Députés d'Artois. – Le fer aussi décrit, N°11, des verticilles magnifiques, rampe d'un escalier qu'ont gravi les députés d'Artois, ayant là leur maison de ville, puis des Sully-Charost et plus récemment le comte de Nicolaï, antérieur, à M. Cherrier propriétaire actuel.

Les Dames du Saint-Sacrement. – Nous lisons dans les notes prises par M. Rousseau, pour les besoins du présent recueil, que l'immeuble considérable n° 13 est réputé d'origine conventuelle ; notre envoyé toutefois garde des doutes à cet égard, car il a cru s'apercevoir de la médiocrité des matériaux qu'on y a employés, à la construction d'un des corps de logis qui remontent aux siècles précédents. Et le fait est qu'il sied à la religion de bâtir même en vue de l'éternité ! N'en déplaise à M. Rousseau, les religieuses du Saint-Sacrement possédaient un hôtel rue du Cherche-Midi ; Mme de Voysin, femme d'un conseiller d'État, en payait le loyer 2,500 livres pour chacune des dernières années du règne de Louis XIV. L'immeuble touche encore par-derrière à des jardins de la rue Cassette qui ont appartenu aux mêmes dames.

L'ancien séjour de Mme de Voysin a été récemment légué à Mme la comtesse Hullin par le général du même nom.

N° 14. – Il. a dû appartenir aux prémontrés. De belle rampes s'y étagent, de style Louis XIV.

Hôtel Montmorency. – Il s'en est détaché, n° 15, comme une galerie on y retrouve aussi des degrés reliés par une belle balustrade. C'est justement en regard des Prémontrés qu'un plan manuscrit, accolé en 1713 au Terrier de Saint-Germain-des-Près, marque un hôtel Montmorency, vis-à-vis des Pré-montrés. Mais les descendants des premiers barons de France ont eu dans notre rue plus de deux propriétés. Antoine Chaumont y prenait de Sigismond de Montmorency, pour 200,000 livres, l'hôtel Châtillon, le 10 avril 1720, et Mgr de Viviers n'avait reçu auparavant du comte de Châtillon que 72,600 livres pour l'une de ses maisons. Ce n'était plus le duc de Montmorency-Luxembourg, époux d'une Châtillon ; mais c'était un comte de Montmorency qui habitait encore, la rue en 1752 et qui, de plus, y achetait du bourgeois Petit, du marchand de vins Delahaye et du mercier Mahon, tous trois syndics des créanciers de Caillon, une maison à porte cochère et séparée de la rue de Bagneux par une autre maison audit Caillon. Passagèrement on fit de l'hôtel Montmorency proprement dit une maison d'éducation, sous la République.

N°s 17 et 18. – Qui songe à s'étonner que des hôtels soient occupés par des peintres dont les toiles s'étalent dans des palais ? C'est l'exception, que n'est-ce la règle ! M. Duval-Lecamus a surélevé d'un atelier d'artiste une habitation de gentilhomme, dans laquelle est mort le baron Le Mercier, gendre du maréchal Jourdan, sur la rive gauche de la rue du Cherche-Midi. Sur la droite M. Mailand confrère de Duval-Lecamus, s'est accommodé, pour un temps, d'une propriété échue aux hospices, mais aussi bien née que l'autre sous Louis XVI, puis hôtel de Lambrechts, ministre de la Justice sous le Directoire et député sous la Restauration.

Le Cherche-Midi. – Qu'un rendez-vous nous soit à charge, et que l'heure prise en soit midi, Mous cherchons tous midi à quatorze heures. Erne enseigne, qu'avait inspirée cette vérité, a valu son nom à la rue, dite aussi Chasse-Midi et partiellement des Vieilles Tuileries du Petit-Vaugirard : O bonne fortune ! voici l'enseigne, médaillon en pierre d'un module voyant, sur la façade du 19. La vente s'est opérée en 1736 de la maison et d'une brasserie, à cette chère image du Cherche-Midi, par Jacques-Étienue Cousin, brasseur, à Françoise Fourcroy , veuve d'Étienne Cousin, autre brasseur, moyennant 12,000 livres. Le bâtiment fit d'abord corps avec ceux d'un couvent dont la chapelle, dédiée à saint Joseph, était au 21, la porte principale au 23. Or des religieuses augustines de la congrégation de Notre-Dame s'installèrent là, en 1634, sur un terrain acquis du sieur Barbier ; puis, de 1669 à 1790, ce fut le prieuré des bénédictines de Notre-Dame-de-Consolation, dont la ci-devant propriété se vendit par lots de l'an VI à l'an vint et servit à la formation de la rue d'Assas.

Ecoles nationales de la Rue du Cherche-Midi. – Elles s'ouvrirent, vers l'année 1786, soit à l'ancien hôtel Montmorency, soit au n° 31, qui fût pour le moins une pension de jeunes gens, tenue sur le pied militaire, pendant la première république.

Mme de Vérue. – Cette charmante comtesse n'avait quitté Turin pour revenir en France qu'avec une place retentie dans un couvent ; puis elle avait reparu dans le monde, pour y tenir un grand état. Elle n'était princesse que de la main gauche et n'avait perdu dans son mari, qui avait péri à la bataille d'Hochstet, qu'un inspecteur général de la cavalerie ; mais elle était née Jeanne-Baptiste d'Albert, fille du duc de Luynes. On admirait à l'hôtel de Vérue, dont les dépendances s'étendaient aussi rue du Regard, des tableaux de maîtres flamands, un mobilier splendide, une volière peuplée, d'oiseaux rares, un écrin digne d'une reine. Et quels soupers la comtesse y donnait ! Après elle, ce fut l'hôtel de Toulouse, dont M. de Scarnasis, ambassadeur de Sardaigne, occupa au moins la moitié. Les Conseils de guerre y siègent à présent.

Le Bon-Pasteur. – Communauté fondée par une protestante convertie, Mme de Combé, dans la maison d'un calviniste que la révocation de l'Édit de Nantes avait poussé à s'expatrier, accueillait des filles repentantes, qui entraient et se retiraient à volonté. Affecté d'abord à la manutention des vivres militaires, cet ancien monastère qui fait vis-à-vis au palais de justice de l'armée de Paris est devenu prison de la même juridiction.

Plus haut ci droite. – Quatre ou Cinq hôtels y paraissent dater de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Nous les trouvons encore un peu jeunes pour affirmer qu'il s'en équipa deux, pour le maréchal de Brancas, marquis de Séreste, qui servit sur mer et sur terre. Mais s'il n'a pas jeté l'ancre à ce degré de latitude, c'est plus bas. Le 40 abrita bien le comte de Rochambeau et son fils, dont la belle carrière militaire commença aux Etats-Unis ! La maison qui suit fut le chef-lieu du district, section du Bonnet-Rouge. Le 44, qui se trouvait le n°2 de la rue des Vieilles-Tuileries, réunie en 1832 à celle du Cherche-Midi, fut bâti en 770 pour la bisaïeule de la détentrice actuelle. La première propriétaire avait pour gendres Moreton de Chabrillan et Courtemer, tous deux aides de camp de Lafayette lorsque, ce député à l'Assemblée Nationale était, commandant de la garde nationale. L'arrière corps de logis fut habité par le comte Garât, sénateur et membre de deux sections de l'Institut, qui avait eu à notifier à Louis XVI son arrêt de mort, en qualité de successeur de Danjon au ministère de la Justice. La comtesse Lacoste, femme d'un député du premier empire, demeura sous le même toit. L'abbé Grégoire y prit également domicile. Ce député jacobin, que 1'empereur, travestit, aussi en sénateur, avait prêté serment l'un des premiers à la constitution civile du clergé, comme évêque de Blois. Néanmoins le cardinal Fesch, désirant qu'il rendît une visite à Pie VII, lors du séjour forcé de ce pape à Paris, dépêcha des prêtres chargés de conseiller à Grégoire cette démarche. Les ambassadeurs l'abordèrent en l'appelant : Monsieur le sénateur ; mais il commença par leur dire : – Je n'y suis pas, messieurs, comme sénateur ; l'évêque seulement veut bien vous recevoir… Ce début de l'ancien curé et tout ce qu'il dit à la suite faisaient bien craindre qu'il mourût dans l'impénitence finale, et l'appréhension s'en justifia le 28 avril 1831. Mais, l'archevêque de Paris refusant à son tour les prières de l'Église au mort, le peuple protesta contre la rigueur de ces représailles posthumes, et le cercueil, porté à bras, fut suivi de 20,000 fidèles, qui n'auraient peut-être pas mis les pieds dans l'église.

Plus haut à gauche. – L'ambassade sarde avait ses écuries passé la rue du Regard. Un hôtel de Péruse-Escars se remarquait au-delà. N'a-t-il pas le malheur de faire partie du gros pâté de maisons à la démolition desquelles il est actuellement procédé pour que les rues Saint-Maur et Sainte-Placide aillent jusqu'à celle de Vaugirard. La poussière commence à tendre le grand linceul qui doit tout ensevelir, depuis le 41, dont le rez-de-chaussée est séculaire et où se trouve un café d'artistes, décoré de jolies peintures dues aux pinceaux de ses consommateurs, MM. Foulogne, Harpignies, Guérard, Defaux, Cléry, Hamon, Glück, Nazon, Francis Blin et Eugène Tourneux, jusqu'au 71. Cette série de maisons, qui appartenaient aux Hospices, va tomber plus difficilement qu'un château de cartes. Une sentinelle y passait, à la porte d'un quartier de gardes-françaises, toutes les nuits sur le qui vive au milieu du XVIIe siècle ; la rue de Bagneux n'en était pas plus loin que celle du Regard. Est-ce la façade du quartier que je vois déjà nue, sans ferrure ni boiserie, sans vitre ni gouttière ? Quel bruit font les premiers coups de pioche ! Mais M. Haussmann est content.

Le Général Ballin. – Quant à l'hôtel Péruse-Escars, nous le croyons plutôt au nombre des maisons préservées que des atteintes, au-delà qu'en deçà du n° 71, qui lui-même a fait couple avec le 73, dont une rampe d'escalier est Louis XV. La veuve d'un colonel, Mme Fournier dispose de la plus grosse moitié. Un des parents de cette dame, le général Hullin, a rendu le dernier soupir en 1840 dans son appartement ; c'était l'un des vainqueurs de la Bastille, commandant de la place de Paris sous l'Empire, retiré à Hambourg sous la Restauration et aveugle sur la fin de sa vie.

N°s 81, 89 et 91. – Au coin que voici de la rue de Bagneux résidait le comte de Clermont-Tonnerre, député aux États-Généraux, que la populace immola plus bas, sur le chemin de son hôtel, dans la journée du 10 Août. Le savant Cabanis, qui épousa la soeur du général Grouchy et de la veuve de Condorcet, y demeurait peu de temps après : c'est le seul médecin dont Mirabeau consentît à recevoir les soins pendant sa dernière maladie. Lors de son édification, ce triple bâtiment était un. La meilleure part s'en trouve, quant à présent, à la disposition de M. Lucas de Montigny, le petit-fils du prince des orateurs, dont nous venons de prononcer le nom. Le maréchal Lefebvre, duc de Dantzig a également résidé là ; sa vie militaire était une suite, d'actions d'éclat, parmi lesquelles figurait un service personnel rendu à la reine le 10 juillet 1789.

N°97. – Retraite qu'a appropriée à son usage, par une restauration de bon goût et en y ajoutant un fort joli jardin d'hiver, M. Le Normant ; depuis longtemps libraire et imprimeur en nom du Journal des Débats. En face de sa propriété, qui peut compter pour centenaire, se trouvait l'hôtel de Bissy, jeté bas sous le règne de Louis-Philippe : la famille des comtes Thiard de Bissy avait fourni un cardinal et l'un des poètes de la pléiade de Ronsard. Aussi bien les écriteaux portaient encore, dans le haut de la rue du Cherche-Midi ; le nom de rue du Petit-Vaugirard en 1831.

Au-dessus du Boulevard, vers 1760 :


 


 

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