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RUE DU CHAUME (Histoire de Paris
rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)
Notice écrite en 1858. La rue du Chaume était une rue de Paris. Elle allait de la Rue des Blancs Manteaux à la Rue des Haudriettes. Actuellement c'est une portion de la Rue des Archives. Elle existait dès la fin du XIIIe siècle, elle faisait partie de la rue Neuve-du-Temple ou rue du Chantier du Temple. On l'a appelée successivement rue de la Porte Neuve, rue Neuve Poterne, rue d'Outre la Porte Neuve, rue de la Porte du Chaume, rue du Vieil Braque, Grande rue de Braque, rue de la Chapelle de Braque, rue de la Merci et rue du Chaume avec d'être intégrée à la Rue des Archives. La Merci. – Le Théâtre. – Hôtel Sourdis-Rostaing. – Lefebvre d'Ormesson. – Le Gentilhomme trois fois mort. – La Porte de l'Hôtel de Guise. Un accord fut passé, en l'année 1370, entre messire Matthieu de Rocquencourt, prêtre, chevalier, maître d’hôtel de Charles V, au nom et comme gouverneur de la chapelle de Braque, et frère Luc Pasquier, procureur des religieux de l'hôpital du Temple, à l'égard des droits seigneuriaux qui d'origine grevaient cette chapelle au profit de la Commanderie. On élevait alors la Bastille, et la ceinture de la ville s'élargissait de ce côté, en supprimant l'enceinte qui, depuis deux siècles à-peu-près, se restreignait à l'angle des futures rues de Paradis et du Chaume, point sur lequel Philippe le Bel avait fait pratiquer la porte de Braque ou du Chaume. La voie qui nous occupe paraît avoir porté, outre sa dénomination, celle de Grande rue de Braque jusqu'au XVIe siècle ; mais, grâce à Germain Braque, échevin sous Charles VII, les droits de cens sur la chapelle, qu'y avait fondée Arnould de Braque, son aïeul, se trouvaient amortis à perpétuité, en vertu de lettres patentes du roi, depuis 1447 ; elle était érigée en fief à part. Or Tristan de Rostaing, en 1566, avait acquis de damoiselle Deshayes un hôtel contigu à cette petite église, et une sentence du prévôt de Paris, sous le règne de Henri III, avait ordonné la production des titres de propriété ; par suite, le chevalier Tristan s'était vu condamner à payer diverses sommes au grand prieur de France, seigneur du lieu. Les choses en étaient là, lorsque la reine Marie de Médicis, qui patronnait les religieux de la Merci, ou de Notre-Dame-de-la-Rédemption-des-Captifs, établis depuis l'année 1316 rue des Sept-Voies, les aida à se transférer dans la chapellenie de Braque. L'ordre de la Merci avait pris naissance, dès 1218, à Barcelone, comme congrégation de gentilshommes qui se consacraient, corps et biens, à racheter des prisonniers de guerre ; donc les états de service de ces chevaleresques rédempteurs, ayant saint Pierre de Nolasque pour modèle, avaient commencé entre la IVe croisade et la Ve ; la règle de saint Augustin leur avait été imposée depuis, sans que toutefois leur ordre de chevalerie s'effaçât sous la discipline monastique. L'église de ces pères succéda, rue du Chaume, à la chapelle de Braque, vers 1631 ; des tronçons de piliers et une porte en survivent, de nos jours, chez un marchand de charbons. Quant au surplus de leur territoire conventuel, une portion en avait déjà appartenu, Louis XII régnant, à leur gouverneur et chapelain, révérend père en Dieu messire Charles de Hautihois, évêque de Tournay. L'adjonction de la moitié de l'ancien hôtel Rostaing, dit de Sourdis au risque d'être confondu avec l'hôtel pareil de la rue Charlot, vint donner sa plus grande extension au domaine de ces religieux. Le marquis de Mesmes et celui de Ravignan possédaient le reste de ladite propriété, avant son annexion à l'hôtel des recettes générales. Le premier président de Mesmes avait eu, pour sa part, les mêmes vendeurs que les pères, pour la leur, c'est-à-dire : Antoine d'Escoubleaux, marquis de Sourdis ; le chevalier du même nom, dernier seigneur de la chapelle de Braque, représentant Anne de Flageot, épouse du comte de Serres ; la comtesse d'Apecher ; Mlle Françoise des Serpents, épouse de Hugues de Chasteauneuf, baron de Rochebrune, et la marquise d'Aligre, lesdites dames d'Aligre, de Château-neuf, d'Apecher et de Serres étant les héritières de leur soeur utérine et consanguine, Marguerite de Rostaing, femme de Flageot, laquelle, avec une autre saur, Anne de Rostaing, veuve de Réné d'Eseoubleaux de Sourdis, avait hérité de Tristan de Rostaing, leur père. Le n° 15, qui fit précisément partie de cet hôtel de Rostaing-Sourdis, sur les dépendances duquel la rue Rambuteau commence son parcours, porte écrit sur un médaillon : R. P. de la Merci. Reconstruit de 1727 à 1731. Godeau, architecte. Il y avait déjà un siècle et demi que ces révérends pères étaient rue du Chaume, dans la circonscription de la paroisse Saint-Nicolas-des-Champs, lorsque Christophe Dinier, commandeur de l'ordre royal et militaire de Notre-Dame-de-la-Merci, et Jean-Jacques Aubert, docteur en théologie, procureur de ladite communauté, renouvelèrent au comte d'Artois, grand-prieur de France, à cause de sa commanderie du Temple, la reconnaissance censitaire imposée autrefois au sire de Rostaing. Eglise et monastère furent mis aux enchères, les 15 brumaire et 9 nivôse an VI. Le réfectoire des pères se transforma bientôt en une salle de spectacle, sous la direction d'un sieur Cabanis. Pendant que Martinville et Barba, qui devinrent l'un journaliste et l'autre libraire, jouaient tout d'abord la comédie au théâtre de la Cité, Lagrenée fils débutait sur la scène de la rue du Chaume, tant comme auteur que comme acteur. L'autre angle de la rue de Braque appartenait, sous Louis-le-Grand, au président Bailleul. Mais Duvet, médecin de Charles IX et de Henri III, avait fait bâtir la maison. Guy-Patin a dit de ce praticien, mort de l'opération de la pierre : Car si la taille l'a fait vivre, Au n° 5 grande porte, ornée de mascarons, et vieilles ferrures, servant de rampe à l'escalier, ainsi que de grilles aux croisées. C'est, ma foi, l'ancienne résidence d'André Lefebvre, seigneur d'Ormesson, conseiller au grand-conseil, commissaire de la Chambre ardente ! Ce membre d'une famille de grande robe avait été formé aux belles-lettres par l'abbé Fleury, qui avait composé pour son instruction une Histoire du Droit français ; il eut nombre d'enfants, notamment une fille qu'épousa le chancelier d'Agbesseau et une autre à laquelle s'unit François Feydeau, seigneur du Plessis, maître des requêtes. Celle-ci laissa l'hôtel dont il s'agit au président Feydeau, son fils. La marquise du Quesnoy, née Feydeau, passa ensuite un certain nombre d'années au même endroit ; puis Nicolas Vernier, membre du grand-conseil. Ne serait-ce pas au 2 que M. France de Croisset avait, un peu plus tard, son cabinet d'histoire naturelle ? Comme le plan de Paris en 1739 ne fait commencer la rue du Chaume qu'au coin de celle de Paradis-au-Marais (voir la notice de cette rue, actuellement des Francs-Bourgeois), en ajoutant à celle de l'Homme-Armé le bras de rue qu'il retranche de la nôtre et où se trouve ce n° 2, aussi bien que le n° 5, il y a marge pour quelque incertitude. N'en sont pas exempts les cochers, à l'époque même où nous tenons la plume ; lorsqu'ils chargent pour la rue du Chaume, ils oublient une fois sur deux qu'elle prend sa source rue des Blancs-Manteaux, et la faute n'en serait audit plan que si les cochers s'occupaient d'archéologie. Nous nous reconnaîtrions toujours mieux au n° 4, si une construction moderne n'y remplaçait pas un séjour contemporain de l'hôtel Duret. Y résidait noble homme François Civille, qui prit dans plusieurs actes la singulière qualité de gentilhomme trois fois mort, trois fois enterré, et le fait est qu'à plusieurs reprises il avait coupé court à ses propres funérailles, en s'éveillant d'une léthargie qu'on avait prise pour la mort. De sursaut en sursaut, il était parvenu à dépasser l'âge de maturité, bien qu'il fût encore fort épris d'une de ces filles d’honneur de Catherine de Médicis dont Brantôme s'ébaudit à célébrer les charmes, sans se porter garant de leur constance. Sur quoi la nouvelle reprit cours que ce seigneur avait fermé les yeux ; sa maîtresse ne s'en émut guère, car elle comptait sur une résurrection de plus, comme bien d'autres gens à la cour. Mais cette fois le trépas tint bon ; la demoiselle d'honneur pleura, une fois perdu pour elle, ce même François Civille qu'elle avait moins aimé de son vivant, et elle semblait inconsolable de ne pouvoir plus le tromper. La maison de ce gentilhomme, un quart de siècle après sa mort, servait encore de parloir amoureux, mais cette fois à Gabrielle d'Entrée, qui y recevait Henri IV. La maison est restée debout jusqu'en 1846. Que si la rue du Chaume doit son nom à un toit modestement couvert de tiges de blé, elle a, depuis, abrité des princes, et nous y voyons de profil un palais dont la face regarde la rue de Paradis. Les Archives de l'Empire occupent l'ancien hôtel de Guise, acheté par Mme de Soubise avec l'aide de Louis XIV. Quelque grande dame que parût celle-ci, et bien que le roi l'eût aimée, elle eut de la peine à fournir sa quote-part maternelle de preuves de noblesse pour faire recevoir son fils chanoine de Strasbourg : il ne fallait remonter qu'à sa grand-mère pour retrouver la fille d'un marmiton. La porte principale, au temps des Guise, donnait rue du Chaume ; mais dès que François de Rohan, prince de Soubise, fit rétablir l'hôtel, sur les dessins de Lemaire, l'entrée en fut transférée rue de Paradis. Le première est devenue celle de l'École des Chartes, et tes templiers avaient élevé des bâtiments sur cette aile du palais actuel, avant les princes de la maison de Lorraine ; la seconde est celle des Archives. Le jardin n'était déjà plus dans son grand sous le règne de Louis XVI ; on savait pourtant gré au grand-aumônier de France, le prime-cardinal de Rohan, d'en avoir fait une promenade publique. Du reste, un passage Soubise traversait antérieurement la propriété et mettait en communication directe, pendant le jour, la rue de Braque avec celle Vieille-du-Temple. Des concerts d'amateurs se donnèrent à l'hôtel Soubise, pendant douze ans, et la sonate y prit de l'autorité, mais cessa en 1780 d'y renouveler ses morceaux de caractère et le mouvement différents, qui ne passionnent encore qu'un auditoire d'élite. |
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