Rues et places de Paris
Cette rubrique vous livre les secrets de l'histoire des rues et places de Paris : comment elles ont évolué, comment elles sont devenues le siège d'activités particulières. Pour mieux connaître le passé des rues et places dont un grand nombre existe encore.
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RUE DU SENTIER
IIe arrondissement de Paris

(Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)

Notice écrite en 1860. Déc. min. le 28 août 1849, réunissant la rue du Gros Chenet à la rue du Sentier. Origine du nom : cette voie, dite aussi rue du Chantier, doit son nom, soit au sentier primitif sur lequel elle a été alignée, soit à quelque ancien chantier. Précédemment, rue du Gros Chenet, entre les rues Réaumur et des Jeûneurs, et rue du Sentier, entre la rue des Jeûneurs et le boulevard Poissonnière. La rue du Sentier avait précédemment porté les noms de rue du Chantier, rue du Centier, rue Centière. Elle est indiquée, ainsi que la rue du Gros Chenet, sur le plan de Gomboust (1652).

Laissons à la rue de Cléry l'habitation de Mme Vigée-Lebrun, dont la galerie de portraits historiques relie le dernier siècle au nôtre. Mais son mari a fait bâtir sur les dépendances du même hôtel une maison, que revendiquerait la rue du Gros-Chenet si cette rue ne s'était pas fondue en 1849 dans celle dont voici la notice. Le n° 8 que vous voyez a fait ainsi partie de l'hôtel Lebrun. Sa façade se trouvait inférieure d'un étage au niveau du jardin, dont la terrasse reposait, vers le coin de la rue de Cléry, sur un pan de l'ancien mur de Paris.

Du 40 Mme de Bonfils était alors propriétaire, et il appartient de nos jours à Mme Chapsal, veuve du grammairien.

N° 12. Mme de Staël a habité cette propriété, dépendance de l'hôtel de M. Necker, dont nous parlerons aussi rue de Cléry.

A l'angle de la petite rue Saint-Roch, rallonge mise de nos jours à celle des Jeûneurs, le comte de Montault avait été propriétaire, sous le ministère du cardinal Fleury. La neuvième propriété qui venait à la suite était un jeu de boules, après lequel Milieux avait une maison, donnant aussi rue Poissonnière, puis Jean Douart, architecte, sa demeure. A gauche il ne s'élevait encore, entre la rue des Jeûneurs et le Rempart, qu'une ou deux constructions et puis des murs. C'était la rue, dans toute la longueur que lui donnaient déjà, mais sans maisons, les plans de 1714 et de 1652.

Le 23 a été à la disposition du président Hénault, surintendant de la maison de la reine, puis de la maison de la Dauphine, et membre de l'Académie Française, qui, n'ayant pas d'enfants, laissa ses biens, en 1770, à ceux de la comtesse de Jonzac, sa soeur. Cette dame avait tenu la maison de son frère, dont les soupers réunissaient une brillante société. Il avait écrit, outre son Abrégée chronologique des comédies, des poésies et un grand drame en prose, François II, dont M. Mérimée a donné, dans ses États de Blois, le pendant.

Vers le même temps, le 27 appartient à M. de Saint-Robert ; le 29 et le 31, à M. Le Fèvre, magistrat, et il s'y fonde plus tard, en l'an vu, une banque territoriale, qui prête sur les biens fonds la moitié de leur valeur, en émettant des traites ; mais l'affaire, au lieu de réussir, va se liquider péniblement rue Notre-Dame-des-Victoires.

Aujourd'hui l'hôtel contigu est, divisé ; reportons-nous, pour le revoir tout battant neuf, à l'époque où le fermier général Lenormant d'Etioles y reçoit sa jeune épouse, Mlle Poisson, dont cette union fait déjà la fortune. Mais elle devient Mme de Pompadour, et l'époux s'en console en face. La petite maison du financier se cache encore de nous au fond du n° 24, avec un balcon sur la cour et un jardinet par-derrière : des médaillons de Boucher y font cercle avec des médaillons de Fragonard, dans un salon ovale. M. d'Etioles, une fois veuf, épouse la Dlle Rem, fille d'Opéra, sur cet autre versant de la rue. A la bonne heure celle-là ! On la chansonnera à discrétion, sans avoir la Bastille à craindre. Et un quatrain de commencer l'attaque :

Mais ne voilà-t-il pas que l'ex-danseuse rend son mari des plus heureux ! Il va donc publiant que si, en premières noces, il a eu le malheur de tomber sur une femme honnête qui, est devenue une catin, le contraire cette fois a lieu. Comme il donne de très beaux concerts rue du Sentier, Mme de Coislin s'y risque, entraînant d'autres grandes dames, et la maîtresse du logis en fait les honneurs avec une si charmante modestie qu'elle se trouve acceptée par un monde qui s'était d'abord bien promis de ne la pas prendre au sérieux. De ce mariage naît une fille, qui, devenue Mme de Linières, habite le côté des numéros impairs et vend l'autre propriété, en 1801, à M. Bonnet, avocat, dont la veuve y reçoit encore ses visites.

Cette dernière maison tient, sous Louis XVI, à M. Chauveau d'une part et de l'autre à Mme Janvier, que suit M. de la Renaudière. Après se carre le bel hôtel du président Masson de Meslay, échevin, et qui peut provenir de Jean Douart ; il passera au chancelier Dambray, à Hottinguer, banquier, puis aux Legentil, du commerce des nouveautés, avec le chiffre 32 sur la porte, plus des plaques de marchands en gros, comme il n'en manque nulle part rue du Sentier.


 

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