Rues et places de Paris
Cette rubrique vous livre les secrets de l'histoire des rues et places de Paris : comment elles ont évolué, comment elles sont devenues le siège d'activités particulières. Pour mieux connaître le passé des rues et places dont un grand nombre existe encore.
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RUE D'ARRAS-SAINT-VICTOR,
Ve arrondissement de Paris
(D'après Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, paru en 1875)

Notice écrite en 1856. Ultérieurement la nouvelle rue des Écoles a enlevé ses deux premières maisons à la rue d'Arras ; la nouvelle rue Monge a fait plus, elle l'a écrasée à mi-corps dans sa pente, en laissant deux tronçons se tordrent, l'un en bas, l'atre en hauteur, avec une sorte d'échelle pour trait-d'union.

Rue d'Arras-Saint-Victor :
Tête-Christ ! par la Mort-Dieu ! n'est-ce pas le cas de revenir aux jurons les plus pittoresques du moyen âge ? Ventre-Saint-Gris ! serait déjà un anachronisme. Voilà une rue montueuse qui date de Philippe-Auguste, comme fossé si ce n'est comme rue, et dont plusieurs maisons sont antérieures à celles du haut à main gauche, qui servirent de caserne sous le bon roi Henri. Une bonne partie de là rue est étayée pour la sûreté des passants, dans ce coin valétudinaire du vieux Paris. Le 25, le 27 et le 28 sont les aînés, dit-on, des reliques de pierre enchâssées qui n'y comptent plus que de rares adorateurs.

Un peu plus bas le 13 et le 15 ont été une tuerie à l'usage des bouchers, avant de servir de résidence à une communauté de filles de paroisse de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, qui tuaient en elles le péché. Il y avait encore vers 1825 une chapelle grillée dans une cave, nos 9 et 11, et cette chapelle communiquait avec les souterrains de la Pitié. Derrière ces bâtiments plusieurs fois séculaires, on reconnaît encore à merveille l'enceinte de Philippe-Auguste, large rideau de pierres devenues rocs, dont les fissures tiennent lieu de jardinières à des voisines, qui en arrosent les fleurs de leurs fenêtres. Cette fortification explique assez la dénomination de la rue des Murs, qui s'est encore appelée du Champ-Gaillard, à cause des gaillardises dont les clercs les plus débauchés du XVIe siècle la rendaient le théâtre, et qui a dû enfin à un collège de passer rue d'Arras.

Au coin de la rue Traversine était le cimetière de Saint-Nicolas ; aussi, en 1825, trouva-t-on sous le sol assez de cadavres pour en remplir plusieurs tombereaux. Un maçon aperçut des boucles aux oreilles d'un mort pendant l'exhumation : en un clin d'œil il en orna les siennes.

C'est avant de se jeter rue Saint-Victor que la rue d'Arras nous montre à gauche la vieille porte assez grandiose d'un hôtel refait sous Louis XVI pour servir à l'évêque d'Arras. Le pavillon attenant à cette porte n'a été, selon nous, que restauré pour le prélat ; nous avons vu des meubles, notamment un fort joli coffre à papiers de famille, qui ont été acquis avec l'immeuble depuis la rentre des Bourbons, et ce coffre était certainement du style Louis XIII. Là siégeait bien l'ancien collège d'Arras, dont les dépendances étaient bornées du côté du cimetière par une maison à l'image de Saint-Pierre, et du côté de la rue Saint-Victor par une autre maison dite du Sauvage-du-Roi. Nicolas le Canderlier, abbé de Saint Wast d'Arras, avait fondé l'établissement pédagogique antérieurement à l'année 1332, en vue d'écoliers pauvres à choisir dans le diocèse d'Arras ; cet abbé avait ainsi appliqué à un usage recommandable ses propres économies et celles de personnes pieuse dont il était le mandataire et le dépositaire. Dans le principe, ce collège n'avait provision que pour les officiers chargés de le conduire et pour quatre, puis pour huit boursiers, touchant chacun 75 livres tournois par an.

Douze messes, qui devaient être dites le premier jour de chaque mois, furent fondées dans la chapelle de l'établissement par Jean Waast, tout au commencement du XVIe siècle ; cette fondation reposait sur la grande île d'Asnières, plantée en saules et en osiers, qui avait 4 arpents, et qui, affermée jusqu'en 1760, rapportait 54 livres de rente. L'an 1751, une éclaircie fut pratiquée dans le feuillage dès arbres de cette île, aujourd'hui rendez-vous de Parisiens en goguette, par ordre du lieutenant de police d'Argenson, pour relier par la vue son domaine d'Asnières à la maison de campagne de son prédécesseur M. de la Reynie. Le collège avait, outre cela, un petit fief en province et quelques prés à Clichy-la-Garenne.

En 1580, Mathieu Gourdin est principal d'Arras lorsqu'il s'élève une contestation au sujet des limites de la propriété de Paris, et ce n'est que le prélude de difficultés plus sérieuses. Les boursiers croient être propriétaires fonciers ; mais les abbé et religieux de Saint-Wast ne les considèrent que comme usufruitiers d'un bien appartenant à leur maison. Les guerres de religion ruinent le collège d'Arras, avant qu'on ait statué sur ces difficultés. La nation de Picardie, au nom de l'université de Paris dont elle fait partie, somme bientôt par lettre le moines de Saint-Waast, qui appliquent à leur profit tous les revenus du collège, de pourvoir aux bourses vacantes. En effet, la maison est réparée en 1612 ; mais des prêtres anglais l'occupent gratuitement de 1613 à 1642, époque où les études reprennent leur cours tant bien que mal dans ce petit collège, qui n'a jamais été de plein exercice.

En 1713, le recteur de l'université s'aperçoit de nouveau que les bourses scolastiques servent d'appoint aux bénéfices monastiques ; un arrêt du parlement l'autorise à séquestrer les biens et revenus de la fondation. Un nouvel interrègne classique dure environ quarante années, avant que Letocard soit investi des fonctions de principal. Puis l'administration des petits collèges est réunie à l'administration de Louis-le-Grand, en 1763 ; les revenus de celui d'Arras s'élèvent alors à 1,866 livres, pour se doubler plusieurs années après.


 

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